Type d'action :
- Intégration
- Lutte contre l'exclusion sociale
- Protection de l'enfance
- Parentalité
- Vie en établissement
- Gouvernance, partenariats institutionnels
- Nouvelles pratiques professionnelles
- Diagnostic partagé
Région : Bourgogne
Sur le vif :
« Il y a de vraies victoires. Comme avec cet enfant de neuf ans qui était partiellement déscolarisé, par crainte de laisser son parent en situation de handicap seul. Il est retourné à l'école à temps complet parce que sa maman est accompagnée au quotidien et que ça le rassure. Il a même retrouvé des acquis quil avait perdus. » La directrice du Pôle enfance et famille de la Croix-Rouge Française de lYonne.
Porteur(s) de l'action :
Centre parental de Migennes - Croix Rouge française
Objectif(s) et bref descriptif :

Afin daméliorer laccueil, de plus en plus fréquent, de parents en situation de handicap psychique et intellectuel et de leur permettre de répondre au mieux aux besoins de leurs enfants, le centre parental de Migennes (Yonne) expérimente une démarche de décloisonnement entre professionnels de lenfance et du handicap et a développé un outil favorisant limplication des parents. Dune part, un travail de coordination entre les services de lAide sociale à lenfance (ASE) et ceux de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) a été initié afin de permettre une prise en charge globale des familles. Dautre part, une mallette, à lusage des professionnels et des parents a été conçue afin de mesurer et dobjectiver les habiletés parentales, tout en aidant ces derniers à les développer. Cette démarche permet aux professionnels de se recentrer sur leur mission et donne la possibilité aux familles de pouvoir préserver le lien parent-enfant, dacquérir un degré dautonomie suffisant et déviter ainsi un éventuel placement.
Origine(s) :
Le centre parental de Migennes (Yonne, 7000 habitants) est issu de la transformation en 2014 dun ancien centre maternel créé par la Croix-Rouge et le Conseil départemental, dont les missions se sont progressivement adaptées aux besoins de la population accueillie. Si le centre maternel avait pour mission, selon larticle 40 du Code de la famille et de laide sociale à lenfance, de soutenir et assurer linsertion des femmes enceintes et des mères en difficultés, les centres parentaux prennent en charge les couples afin de redonner une place au père. Le centre parental de Migennes propose aujourdhui un accueil collectif de futurs ou jeunes parents et futures mamans ou jeunes mamans fragilisées, pour certaines mineures, avec leurs enfants. Il héberge également dans des logements semi-privatifs, des couples de futurs parents ou avec enfants. Enfin, dans une logique dautonomisation progressive, une équipe mobile assure le suivi de familles logées dans lhabitat diffus (dans ses appartements localisés en dehors du centre parental). Une équipe pluridisciplinaire (Technicien de l'intervention sociale et familiale-TISF, auxiliaire puéricultrice, éducateurs
) accompagne ces différents publics, en sefforçant de les rendre acteurs de leur accompagnement. Aujourdhui, 80 places dhébergement sont proposées aux familles, soit en habitat collectif, soit en habitat diffus.
Depuis quelque années, le centre parental constate que les caractéristiques des familles accueillies évoluent, avec de plus en plus de parents en situation de handicap orientés par les services du Département. En 2018, 60% des parents accompagnés présentent des incapacités, majoritairement des déficiences intellectuelles, ainsi que des troubles psychiques liés à des maladies chroniques ou des addictions multiples, et seule une partie dentre eux est connue de la Maison départementale des personnes handicapées. Cette évolution complexifie le travail des professionnels du centre parental, car les troubles dont souffrent ces parents engendrent des situations dysfonctionnelles au quotidien et impliquent une prise en charge globale non seulement des enfants, mais aussi des parents, dans un souci de maintenir autant que possible le lien entre les deux.
Confronté à ces difficultés, le centre parental sest alors rapproché, pour quelques situations, de lassociation Charles de Foucauld qui gère des services daccompagnement social et médico-social pour les personnes en situation de handicap (SAVS-SAMSAH). Ils font conjointement le constat des difficultés que rencontrent les professionnels de lun et lautre champ, de la nécessité de mieux se connaître, de combattre les représentations et de coordonner leurs interventions pour mieux soutenir les familles. Ils travaillent également, sur un diagnostic commun a postériori, de familles quils ont eues à accompagner séparément afin damorcer une approche coordonnée. Une expérimentation de coopération entre les équipes des deux structures est alors envisagée et les services du Département, ASE, Protection maternelle et infantile (PMI) et MDPH, sont sollicités afin de soutenir sa mise en uvre au cours de lannée 2017.
Description détaillée :
Décloisonner pour mieux accompagner

Afin de construire cette coopération entre secteurs de lenfance et du handicap, un comité de pilotage a été créé réunissant des cadres de lASE et de la PMI, des représentants de la MDPH et des deux associations. Ses missions ont consisté à procéder au repérage des familles déjà connues de lune ou de lautre des deux associations et qui pouvaient relever dun suivi commun. Le comité de pilotage a défini les procédures de travail permettant de coordonner lintervention des deux associations, notamment des outils partagés en matière dobjectifs, de suivi, dévaluation et de satisfaction des bénéficiaires. Il a également mis en place des supports de communication à destination des parents et des professionnels, présentant le double accompagnement ainsi que des éléments de compréhension sur la parentalité et les besoins fondamentaux de lenfant. De lavis des professionnels, les réunions de ce comité de pilotage ont également été loccasion de mieux se connaître entre professionnels de champs dintervention différents.
Sept familles suivies par le centre parental, sur les dix prévues initialement, soit une douzaine denfants, ont été intégrées à lexpérimentation. Dans un premier temps, il est proposé à la famille de rencontrer les professionnels du SAMSAH/SAVS de lassociation Charles de Foucauld. Puis, sur la base de cet échange, lassistante sociale du centre parental établit un rapport, adressé à la MDPH, afin quune orientation vers le SAMSAH/SAVS puisse être décidée dans un délai maximum dun mois (contre neuf mois habituellement). Une fois cette prise en charge effectuée, la coordination entre les équipes du centre parental et celle du SAMSAH/SAVS se met en place, pour des interventions distinctes ou conjointes selon les problématiques à traiter, mais toujours avec des allers-retours réguliers entre professionnels, selon les modalités définies par le comité de pilotage.
Parallèlement à cette première expérimentation, et pour répondre notamment à la demande des magistrats, qui suivent certaines de ces familles, de pouvoir objectiver leur évolution, professionnels et parents ont travaillé ensemble à la création dune mallette. Elle permet à la fois dévaluer les « habiletés parentales », cestà-dire la façon dont les parents se mobilisent pour la gestion des actes quotidiens de la vie de lenfant, mais également daider les parents en situation de handicap à acquérir ces habiletés, grâce à une démarche pragmatique. Chaque moment fort de la journée de lenfant (lever, repas, toilette
) est visualisé sur une horloge, les habiletés à mobiliser ont été listées avec les parents et une série de quatre-vingts questions favorise le dialogue avec la famille, dans une volonté de valoriser les compétences plutôt que de pointer les lacunes. Ayant nécessité une année de conception, la mallette est testée depuis 2018 auprès de familles volontaires, afin quelles sapproprient la démarche. Des évolutions sont déjà envisagées: réduction du nombre de questions, création avec les familles de petits tutoriels, sous forme de courtes vidéos.
Un bénéfice pour les familles et les professionnels
Ces deux expérimentations, et en particulier la mise en place du comité de pilotage, ont eu des effets bénéfiques, tant pour les professionnels que pour les familles. Limpact auprès des professionnels qui ont imaginé et promu ce projet est très positif. Celui-ci a permis des rencontres régulières et un travail en commun de manière à se rendre perméable à la pratique des uns et des autres. Les professionnels ont pu élaborer ensemble un diagnostic des situations en centrant leur analyse sur la place de lenfant et lexercice de la parentalité, tout en répondant aux mieux aux besoins dun public en situation de handicap. Non seulement la manière dappréhender le handicap a évolué, mais également celle dappréhender la petite enfance et la parentalité. De plus, les professionnels sont mieux armés en matière de connaissance, de savoir-faire, et de pratique pour répondre aux besoins de parents singuliers et peuvent se recentrer sur leur champ de compétence.
Du côté des parents en situation de handicap, ils ont pu distinguer plus aisément les difficultés qui relevaient des incapacités liées à leur handicap et celles liées à leur appréhension des besoins de leur enfant. La démarche a également permis de rassurer parents et enfants et de reconstruire léquilibre familial. En effet, certains enfants étaient particulièrement préoccupés par labsence de prise en charge des troubles de leur parent, au point par exemple de ne plus aller à lécole pour rester près deux. Lensemble des relations parents/enfants, mais également familles/professionnels a donc gagné en sérénité.
Dans la continuité des deux expériences, de nouvelles actions sont dailleurs envisagées, impliquant familles et professionnels : une formation conjointe est actuellement en préparation, avec le projet de mettre en place un centre ressource autour des questions de parentalité, de responsabilité parentale, d'autorité parentale où les parents seraient impliqués dans une logique de « pair aidance » telle que celle développée au sein des Groupes dentraide mutuelle. En revanche, à lissue dune année dexpérimentation, lASE et la PMI se sont retirées du comité de pilotage, estimant que la mobilisation de leurs travailleurs sociaux était trop lourde au vu des enjeux stratégiques sur les territoires. La MDPH a poursuivi son investissement, considérant quil sinscrit pleinement dans la logique du programme Réponse accompagnée pour tous (RAPT) et du Plan daccompagnement global (PAG).
Impact(s) :
Favoriser lautonomisation des familles en situation de handicap
Évolution des pratiques professionnelles
Décloisonnement des champs de la protection de lenfance et du handicap
Changement de regard sur les familles en situation de handicap
Favoriser le lien parent-enfant
Partenaire(s) :
Conseil départemental (ASE, PMI)
Maison Départementale des Personnes handicapées (SAVS-SAMSA)
Croix-Rouge, bénévoles
APAJH
Association Charles de Foucauld
Moyens :
Humains :
La mise en uvre de cette action a nécessité la mobilisation des équipes des deux associations, des collaborateurs de la MDPH, de lASE et de la PMI, sans création de poste spécifique. Ainsi, du temps a notamment dû être dégagé pour les cadres de lASE et de la PMI afin de leur permettre de participer aux comités de pilotage.
Financiers :
La première expérience na nécessité aucun budget spécifique, puisquelle sinscrit dune part dans des prises en charge déjà existantes pour ce qui concerne le centre parental et des places déjà crées pour le SAVS/SAMSAH. Il en est de même pour la mallette.
En revanche, lélargissement de la première action, avec la création dun centre ressource, implique de trouver de nouveaux financements. Un dossier a été déposé auprès de la Fondation de France, dans le cadre dun appel à projet.
Matériels :
Des outils de suivi communs
Une mallette permettant dévaluer lhabileté parentale et de sensibiliser les parents en situation de handicap
*Mention légale :
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