Type d'action :
- Protection de l'enfance
- Gouvernance, partenariats institutionnels
- Nouvelles pratiques professionnelles
- Diagnostic partagé
Région : Pays de la Loire
Sur le vif :
« On est tous pris par une volonté de réagir plutôt quagir et on ne prend jamais le temps réellement de prendre contact », directeur enfance famille au conseil départemental de la Sarthe.
Porteur(s) de l'action :
Conseil départemental de la Sarthe
Objectif(s) et bref descriptif :

Afin de pouvoir coopérer sur la mission de protection de lenfance quils partagent, le conseil départemental de la Sarthe et les services de la justice sur le territoire ont engagé au début des années 2000 une démarche de reconnaissance mutuelle et de connaissances partagées. Pour cela, ils sappuient sur des actions concrètes : stages des juges pour enfants au sein du conseil départemental, journées dinformation et de formation communes ou encore temps de réunions de travail collectives pour le pilotage du dispositif.
Origine(s) :
A lorigine de cette action, larrivée au début des années 2000 dun nouveau directeur général adjoint aux solidarités. Fort de son expérience de directeur enfance/famille en Maine-et-Loire lorsquest révélée laffaire de pédophilie à Angers1, il apparaît pour lui nécessaire de nouer un partenariat solide avec la justice. En effet, la bonne relation entretenue entre le département du Maine-et-Loire et le parquet a à lépoque permis de surmonter la crise de façon plus sereine, les deux parties étant notamment coordonnées sur la façon de communiquer sur laffaire face à la pression médiatique.
Il importe alors à ce nouveau directeur général adjoint aux solidarités denclencher une dynamique similaire entre le département de la Sarthe et la justice. Il prend contact avec le président et la vice-présidente du tribunal de grande instance du Mans, cette dernière ayant auparavant exercé en tant que juge des enfants. Il reçoit un accueil favorable et ils concrétisent ensemble lidée dune connaissance réciproque à travers différentes actions : présentation des nouveaux magistrats au conseil départemental dès leur arrivée, rencontre du président et procureur autour de déjeuners de travail deux fois par an, ou encore accueils des juges pour enfant par les professionnels de la protection de lenfance au sein du département pour leur faire connaître la façon dont ils travaillent au quotidien.
Laffaire Marina2, qui éclate en 2009, amène au renforcement de la démarche entamée : son bienfondé est confirmé et il importe daller encore plus loin dans le partenariat. Certaines actions sont alors simplement perpétuées quand dautres sont consolidées. Assez formalisées, ces actions entre le département et les services de la justice perdurent encore aujourdhui malgré le départ des acteurs qui ont initialement lancée la démarche. Elles sont aujourdhui portées par les directions et chefs de services concernés dans le cadre du schéma départemental unique de lorganisation médico-sociale et sociale.
Description détaillée :
Il apparaît important pour le département de dépasser le clivage administratif vs judiciaire parfois encore très présent en protection de lenfance. Car il nest pas rare que chacun se repli dans le champ de compétences qui est le sien et loppose à lautre. Pour faire face à cela, il importe que chacune des parties fasse connaissance des missions de lautre, reconnaisse ce que lautre fait mais aussi ce quil ne fait pas. Ainsi il est possible de mieux se comprendre et par là de mieux travailler ensemble dans la mission commune que représente la protection de lenfance.
Des stages dinsertion au service dune meilleure (re)connaissance mutuelle
Cest donc dans cette optique que les magistrats pour enfants sont accueillis de façon systématique, à leur entrée au tribunal de grande instance du Mans, en stage de trois semaines au sein du conseil départemental de la Sarthe. Durant ces quelques semaines, ils sont confrontés à toutes les missions de solidarité menées par le département, en central comme en territoire. Laccent est toutefois mis sur les missions de protection de lenfance. Les magistrats sont alors amenés à rencontrer tous les services et acteurs qui y contribuent à travers des visites, des participations à des réunions déquipes ou encore des entretiens individuels. Il arrive même que les auditeurs de justice accueillis participent à des rendez-vous au domicile des familles. Dans ce cas, bien entendu, la famille est prévenue et doit donner son accord.
La difficulté principale de ce genre de dispositif est le fait de parvenir à faire coïncider les agendas chargés des uns et des autres, alors même que les mouvements institutionnels fréquents au sein des équipes impliquent de recommencer la démarche de façon assez régulière. Il faut dire quentre 2010 et début 2017, une douzaine de juges pour enfants ont été accueillis par le département. Du côté de la justice, cette organisation mobilise la vice-procureur qui est en contact, du côté du département, avec le secrétariat du directeur général adjoint et la direction enfance/famille. Malgré leurs faibles disponibilités, la formule de trois semaines de stage au tout début de leur prise de poste, faisant par-là partie intégrante de leur cursus de formation, plait aux magistrats qui pensent ne plus pouvoir y consacrer autant de temps par la suite. Le département est également largement satisfait de ces stages et projette détendre le nombre dacteurs concernés en 2018. Il débute pour cela un travail avec les acteurs concernés. Au niveau de la protection de lenfance, il sagirait dune part que des professionnels du département puissent eux aussi être accueillis par les juges des enfants. Dautre part, il existe, en 2017, un projet de stages réciproques entre les cadres des Services Territoriaux Educatifs de Milieu Ouvert (STEMO) et ceux de lAide Sociale à lEnfance (ASE). De façon plus générale, le département aimerait aussi adopter une démarche similaire dans le domaine du soin et penser un accueil mutuel de cadres avec les Etablissements Publics de Santé Mentale (EPSM).
Favoriser la connaissance partagée par des journées dinformation et de formation communes
Au-delà de travailler mieux ensemble, il importe que chacune des institutions qui participent à la protection de lenfance uvrent dans le même sens. Il apparaît dès lors important au département de la Sarthe de faire partager à ces dernières des repères communs. Cest dans cette optique que deux journées dinformation communes ont pu avoir lieu entre 2010 et le début de 2017. Ouvertes non seulement aux services de la justice mais à tous les acteurs de la protection de lenfance (associations, magistrature, Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), EPSM, centre hospitalier, police, gendarmerie, etc), elles permettent à ceux qui le souhaitaient de sinformer sur des sujets tels que la radicalisation ou laccueil familial.
Par ailleurs, le département souhaite surtout développer, pour les mêmes acteurs, des journées de formation mutualisées. Celles-ci reposent sur une véritable ingénierie de projet qui pointe les besoins des professionnels et permet à ces derniers de valider des compétences de façon plus formelle. Trois journées de ce type ont eu lieu entre 2010 et le début de 2017 sur les thèmes de lenfance en danger, de la bientraitance et de la contractualisation dans le social. Toutes ces journées se déroulent au Palais des Congrès et de la culture du Mans, sous la responsabilité du conseil départemental de la Sarthe. Elles peuvent avoir lieu sur une journée ou une demi-journée et sattachent à faire intervenir des experts du territoire mais aussi de lextérieur ou du national.
Se donner le temps de la coopération grâce à des réunions régulières
Tout le travail mené en amont, avec la mise en place de stage dinsertion ou encore de journées interinstitutionnelles, semble porter ses fruits : un véritable travail de coopération est à luvre en Sarthe entre le département et les services de la Justice. En effet, chacun prend aujourdhui du temps pour formaliser cette coopération. De façon technique, cela se concrétise par exemple par la révision régulière du cahier des charges de lAide Educative En Milieu Ouvert (AEMO) : les juges pour enfants, la PJJ, les services opérateurs et le département sont alors amenés à travailler ensemble. De façon plus générale, le département travaille avec le secteur associatif habilité et la justice sur une feuille de route de la protection de lenfance. Il sagit à lété 2017 de reconfigurer le dispositif de placement ainsi que toutes les alternatives au placement et de faire en sorte de rentrer dans les clous des récentes lois. Même si ces réunions peuvent rapidement dériver sur le traitement des décisions individuelles, les institutions sattachent à se concentrer sur le pilotage du dispositif et à dégager une vision commune. Par ailleurs, le département est aujourdhui soucieux dinstaurer un espace de dialogue similaire avec lAgence Régionale de Santé (ARS) dans loptique dune meilleure prise en charge des enfants confiés porteurs de handicap.
Impact(s) :
Reconnaissance mutuelle des acteurs du dispositif de protection de lenfance et de leurs missions
Facilitation de la communication entre les services du département et de la justice
Meilleur travail de coopération entre les services du département et de la justice
Partenaire(s) :
Les services de la Justice sur le département : magistrats, PJJ, STEMO
Moyens :
Humains : aucun
Financiers : aucun
Matériels : aucun
L'action demande simplement du temps pour ceux qui se déplacent, ceux qui accueillent ou encore ceux qui organisent : au niveau du département, chefs de services concernés (ASE, MDPH), directions concernées (enfance famille, autonomie) ; au niveau de la justice, la vice-procureur.
1 Cette affaire criminelle dans laquelle 66 personnes ont été accusées d'avoir abusé sexuellement de 45 enfants (âgés de 6 mois à 12 ans) de 1999 à 2001 a connu un très grand retentissement médiatique, mettant en cause les pratiques des travailleurs sociaux. Cette affaire a souligné les failles de la protection de lenfance.
2 Affaire judiciaire liée au décès de la petite Marina Sabatier en août 2009, à l'âge de 8 ans, à la suite de sévices infligés par ses deux parents et au terme d'une vie de maltraitance subie par l'enfant. Cette affaire a révélé certaines failles du système de protection de lenfance, notamment en ce qui concerne la transmission dinformation entre les différents acteurs (ASE, justice, hôpitaux
).
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