Type d'action :
- Education
- Culture, Sport
- Développement local rural
- Relations de voisinage
- Liens intergénérationnels
- Jeunesse
- Vie des séniors
- Nouvelles pratiques professionnelles
- Participation des habitants
- Bénévolat
Région : Bretagne
Sur le vif :
« Lécole a tout rassemblée. Elle a fait le lien entre les associations qui existaient, les anciens, le club de foot, lamicale laïque
Il a fallu sinvestir dans le projet, beaucoup sont venus participer à la construction, aux aménagements. Cette école elle a fait parler de nous, elle a attiré de nouveaux arrivants, elle a généré une vraie dynamique». Un parent délève.
Porteur(s) de l'action :
Les commanditaires (des habitants, élus, institutrices du village de Trébédan).
Objectif(s) et bref descriptif :
Afin de créer du lien entre lécole et le village, et de favoriser limplication et lautonomie des élèves, les institutrices de lécole maternelle et primaire de Trébédan ont engagé leur école dans une démarche de sensibilisation à la création artistique et à la mise en valeur du patrimoine local. Cette démarche conduite sur plusieurs années, a permis douvrir largement lécole sur lextérieur et den faire un lieu de partage entre générations (personnes âgées, parents délèves, enfants, notamment). Cette dynamique du « vivre-ensemble », créée autour de lécole, sest concrétisée par lengagement du village dans le projet « nouveaux commanditaires », porté par la Fondation de France : faire de la rénovation de lécole une aventure humaine et un projet artistique à part entière, conçu par la designer internationale Matali Crasset en étroite collaboration avec les élèves et les habitants.
Origine(s) :
Le village de Trébédan, situé à quinzaine de kilomètres de Dinan compte 422 habitants, dont une importante communauté portugaise, venue à lorigine travailler dans les carrières de granit. Lécole « le blé en herbe » accueille une soixantaine denfants, dont plusieurs confiés par lASE à des familles du village, dans trois classes multi-niveaux (maternelles, CP-CE1-CE2, CM1-CM2). Quand, au début des années 2000, une nouvelle équipe pédagogique arrive dans la petite école rurale, les carrières de granit sont en train de fermer, le dernier café sapprête à mettre la clef sous la porte et les occasions de rencontres entre habitants sont réduites à quelques initiatives ponctuelles. Ce climat pesant se répercute sur lécole, menacée dune fermeture de classe. Les locaux (le bâtiment dorigine est un préfabriqué qui prend leau) sont vétustes, les habitants peu investis et les élèves peinent à simpliquer dans leurs apprentissages.
Les institutrices, sensibilisées à une pédagogie valorisant lautonomie, la coopération et louverture aux autres, décident alors dinitier des projets fédérateurs, non seulement pour les élèves mais également avec les parents et les habitants du village, notamment les retraités du Club de lamitié. Avec laide du Conseil dArchitecture, dUrbanisme et dEnvironnement (CAUE) des Côtes-dArmor, qui conduit des missions de sensibilisations à larchitecture, à laménagement et au paysage auprès des scolaires, les maitresses appuient successivement le projet décole sur la réalisation de cabanes, la création dun jardin, linstallation dans lespace public de personnages nés de limaginaire des enfants. Les parents, les âgés, sont invités à participer, à transmettre leurs connaissances aux enfants, que ce soit en matière de jardinage, de construction et à partager des moments festifs. Progressivement des réticences sont levées, des habitudes dentrer dans lécole se prennent, une confiance réciproque sinstalle. De même, les enfants découvrent leur capacité à agir sur leur environnement et leur implication dans leur commune, comme lorsque le maire sollicite lécole pour faire découvrir le petit patrimoine local. Ecoliers et retraités travaillent ensemble à la création dun petit guide touristique, à la réalisation dun film danimation avec les anciens des communes alentour, aux animations dun parcours découverte.
Une dynamique est née, ainsi quune familiarité avec lobjet artistique. Reste à lui donner loccasion de se concrétiser au sein dun projet durable et mobilisateur pour lensemble du village.
Description détaillée :
Le défi Nouveaux commanditaires
En 2006, le CAUE propose aux institutrices de sengager dans une démarche dépassant le cadre de lécole mais qui donnerait sens aux évolutions amorcées : les Nouveaux commanditaires https://www.fondationdefrance.org/programme/nouveaux-commanditaires. Ce programme, initié par la Fondation de France, permet à des groupes de personnes, de toutes origines et de tous milieux, de solliciter un artiste pour quil traduise leurs préoccupations sur une question de société à travers une uvre installée dans l'espace public. Or les Côtes-dArmor sont le seul département à avoir signé une convention avec la Fondation de France pour la mise en uvre de ce dispositif et deux projets ont alors déjà été réalisés sur son territoire.
Les institutrices, séduites par la démarche, mobilisent la mairie pour sensibiliser les habitants et constituer un groupe de commanditaires : il réunit le Maire (et son successeur à partir de 2008), des parents délèves, des habitants de la commune, dont le président du Club des amis et un ancien de lécole (élève en école darchitecture), ainsi quune personne extérieure, conseiller départemental en art plastique. Une association médiatrice « Eternal network» va les aider à définir la commande. Très vite, alors que celle-ci sétait orientée initialement autour de la valorisation du petit patrimoine, lidée de la rénovation de lécole, qui a acquis une véritable dimension fédératrice au sein du village, simpose. Et la designer Matali Crasset, qui a déjà collaboré au programme dans le Nord et dont la philosophie (elle a conçu la crèche du 104, à Paris) rejoint celle des commanditaires, est pressentie
Tout un village mobilisé
Sengage alors une véritable aventure humaine et collective sur plusieurs années. Tout au long de la conception, de la recherche de financement, puis de la réalisation, élèves, habitants, élus vont être associés au projet, en lien avec lartiste et le médiateur de la Fondation de France. Le cahier des charges est défini collectivement, lors déchanges réguliers avec Matali Crasset, puis avec larchitecte, afin que luvre finale rende visible les choix pédagogiques et les exigences environnementale, sociale et artistique portées par lécole et relayées par lensemble de la communauté. Ainsi, lécole est conçue en norme passive cest-à-dire de façon à générer elle-même son énergie, par son orientation et par lactivité des enfants ; les bâtiments accueillent des activités différentes selon les moments de la journée et souvrent aux habitants : lasalle de partage est à la fois cantine et salle de motricité sur le temps scolaire et reçoit en dehors des activités associatives, des expositions, des spectacles
La médiathèque est également celle du village et des activités intergénérationnelles y sont organisées (Lire et faire lire, bébés lecteurs
). Louverture de lécole est matérialisée par la création de sculptures monumentales et oniriques en bois, qui débordent de la cour de récréation sur la place centrale du bourg : « les extensions de générosité ». Un mobilier modulable et ludique est inventé par la designer pour répondre aux besoins des enfants et des enseignants. Enfin, chaque grande étape déménagement, démolition, chantier, retour dans les nouveaux bâtiments,
- fait lobjet dun travail pédagogique avec les élèves, de temps forts partagés et mobilise lensemble du village. Les parents artisans sont par exemple venus expliquer les méthodes de construction, le mobilier a été monté en commun,
Une dynamique enracinée
Si la durée du projet (huit ans) laissait craindre une certaine usure, elle a surtout permis détablir une relation de confiance, de rassurer et de lever des résistances, notamment autour de linvestissement financier du projet, inenvisageable pour une commune comme Trébédan. Là encore, lengagement de chacun des acteurs a été nécessaire pour aller chercher des financements très divers, le projet touchant à de nombreux domaines (culture, environnement, social, développement rural, éducation
) : fondations, fonds européen, réserve parlementaire, dotations publiques du département et de la région, commande publique auprès du ministère de la Culture
Au total, les 1,4 millions deuros de la rénovation ont été financés aux deux tiers par des subventions publiques et privées, le dernier tiers faisant lobjet dun prêt, sans que pour autant les impôts des Trébédannais naugmentent. Un investissement important mais dont les retombées humaines et économiques se prolongent depuis linauguration de la nouvelle école, en septembre 2015 et génère une fierté légitime et un
sentiment dappartenance chez les habitants. Lors des journées du patrimoine, lécole a attiré plusieurs centaine de visiteurs dans le village. Elle constitue un pôle dattraction pour des familles extérieures qui ont choisi dy inscrire leurs enfants et la construction dun nouveau lotissement a été décidée pour répondre aux demandes dinstallation. De nouvelles actions pédagogiques ont été initiées, tant avec les aînés quavec le CAUE 22 et sélargissent au-delà de la commune, à de nouveaux publics (personnes en situation de handicap, notamment) ; les parents délève continuent dêtre mobilisés et viennent de financer lacquisition dun tableau numérique. Enfin, létat desprit et la dynamique développés par lécole depuis une dizaine dannée trouve aujourdhui un écho dans « La fabrique dénergie citoyenne », une association qui sappuie là encore sur le partage de compétences et la mise en synergie des différentes associations de la commune. Elle a ouvert, aux portes de lécole, un café associatif qui propose ateliers et animations et dont le modèle essaime auprès des communes voisines : deux se sont aussi lancées dans laventure.
Impact(s) :
La création dune dynamique de développement local, portée par les habitants et renforcée par un réseau partenarial fort.
Une remobilisation des élèves sur leurs apprentissages, autour de valeurs de coopération, de respect des autres et de lenvironnement, dinitiation à une citoyenneté active et concrète.
Une reconnaissance de lécole et de léquipe pédagogique, qui favorise des relations de confiance avec les parents et le village.
Le développement des liens intergénérationnels et la valorisation du rôle des plus âgés en matière de transmission (mémoire, savoirs
).
La valeur dexemplarité du projet qui génère de nouvelles initiatives au sein du village et dans les communes environnantes.
La mise en uvre de nouvelles pratiques professionnelles et de nouvelles approches des relations partenariales.
Partenaire(s) :
Fondation de France ; Fondation Carasso ; Conseil Départemental des Côtes dArmor ; Communauté de communes Plélan Plancoët ; Ministère de lIntérieur et des Collectivités territoriales ; Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Bretagne, commande publique) ; Région Bretagne (contrat de pays et Eco-Faur) ; Réserve parlementaire ; Communauté Européenne (FEDER et Leader) ; ADEME ; Plust Collection ; Commune de Trébédan
Moyens :
Humains :
Les habitants du village de Trébédan, les élèves et léquipe pédagogique de lécole « Le blé en herbe », les partenaires, les multiples interlocuteurs et intervenants (designer, architecte, artisans, institutionnels
) aux différentes étapes du projet et du chantier.
Financiers :
La Fondation de France et le Conseil départemental des Côtes-dArmor on financé létude et laccompagnement.
Subvention de lEtat à la commune au titre de la construction scolaire.
Fondation Caraso sur laménagement intérieur et la prestation darchitecte, soit deux fois 200 000 euros
Fonds européens pour la création de la médiathèque.
Ministère de la culture via la commande publique pour le mobilier, soit 90 000 euros.
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