Pendant 50 ans, Agathe-Martine et Henri Cotto ont fait rimer culture et lien social. Lui, chanteur lyrique au conservatoire de Marseille, a dédié sa vie à promouvoir lOpéra auprès du grand public. Elle, issue du monde du théâtre, écrit des contes pour les enfants hospitalisés dans le cadre de son association « Le Conte en scène ». En 2015, Agathe-Martine Cotto et son association donnent vie au projet ambitieux de son mari, Henri Cotto, décédé lannée précédente : créer et mettre en scène un Opéra avec et pour les habitants de la Ville dAubagne afin de désacraliser lart lyrique et de rassembler habitants et professionnels de la culture autour dun projet commun.
Les territoires situés hors des espaces urbains denses ont les capacités dinnover, même si en théorie ils ne disposent pas de lensemble des facteurs nécessaires. Linnovation y représente un enjeu fort tant dans une perspective de réduction des inégalités territoriales que du point de vue de linvention de nouvelles réponses spécifiques pour ces espaces stratégiques pour le pays dans son ensemble. Cest pourquoi le Commissariat général à légalité des territoires (CGET) souhaite faire mieux connaître les leviers dinnovation appropriés à ces territoires ainsi que les expériences que certains dentre eux ont déjà conduites en la matière. Comme le démontre une étude commandée par le CGET en 2014, des solutions existent. Aux acteurs locaux de sen emparer. >>Consultez la publication
Sur le vif : « Latelier ma permis dapprendre sur les autres religions, en faisant tomber les préjugés que javais. Cest rare quon puisse débattre de ça entre nous et cest intéressant car on peut comparer notre opinion à celle des autres sans conflits. En plus, face à des jeunes, cest plus facile de sexprimer sans tabou » Tristan, 15 ans, élève de seconde.
Porteur(s) de l'action : Association Coexister
Objectif(s) et bref descriptif : Afin de lutter contre les tensions issues de préjugés interculturels ou religieux et dencourager le vivre-ensemble, des jeunes de toutes convictions et origines culturelles se sont regroupés au sein de lassociation Coexister. Organisés en groupes locaux, implantés dans toute la France, ils sengagent dans une démarche individuelle et collective articulée autour de trois temps forts : le dialogue, laction solidaire et la sensibilisation. Dans ce cadre, lassociation a développé une méthodologie et des outils dintervention auprès des jeunes et organise dans les collèges et lycées des ateliers pour déconstruire les stéréotypes religieux, promouvoir la laïcité et inciter à une « coexistence active ». Ces ateliers sont loccasion de créer les conditions dun dialogue et de désamorcer des situations de tension.
Origine(s) : Lassociation Coexister est née en septembre 2009 dune rencontre, entre trois adolescents de confession différentes (catholique, juive, musulmane) et dun double constat partagé : celui dune part de laugmentation des peurs et des tensions entre les différentes communautés, notamment autour du conflit israëlo-palestinien ; dautre part de la certitude que la diversité constitue un formidable levier de vivre-ensemble et de création de lien social, à lexemple des mouvements interculturels ou intergénérationnels.
Constituée à lorigine dune dizaine de jeunes parisiens, lassociation, qui se revendique aconfessionnelle, résume ses objectifs dans sa devise « diversité de convictions, unité de laction ». Elle a dès lorigine construit sa démarche autour de trois objectifs : le dialogue, la solidarité et la sensibilisation, auxquels sont venus sajouter dautres missions au fur et à mesure de la croissance de lassociation (formation, vie commune, communication ). Rapidement lassociation se fait connaître par des actions de solidarité médiatisées (dons de sang) et la participation de ses membres à des manifestations internationales (Journée mondiale de la Jeunesse, Religions for peace). De nombreux jeunes, âgés de 15 et 35 ans, rejoignent la démarche, séduits par sa dimension à la fois personnelle et collective, et des groupes se mettent en place en province : en 2015, Coexister compte 1800 membres dont 600 bénévoles actifs répartis dans 28 groupes locaux qui déclinent localement la démarche coexister un peu partout en France. Les membres de chaque groupe réalisent sur une année le « parcours Coexister », en participant à des temps de dialogue, en définissant une action commune pour laquelle leur diversité de conviction va être une force, en participant à des actions de sensibilisations auprès dautres jeunes, avec pour objectif de lutter contre les préjugés. Pour structurer cette démarche et coordonner les actions des groupes, une équipe nationale est mise en place dès 2010. En 2015, elle compte six permanents et accueille 17 jeunes en service civique.
Si Coexister revendique son statut associatif et un mode de fonctionnement participatif, elle a également développé un modèle économique qui lui permet de financer son fonctionnement et la classe dans les entreprises de léconomie sociale et solidaire. Une part importante de ses ressources provient des ateliers de sensibilisation facturés aux établissements scolaires, des conférences autour de l«Interfaith tour » (tour du monde des initiatives interreligieuses et interconvictionelles réalisé par des équipes de quatre jeunes de convictions différentes), de lorganisation des FestivAll together (festival culturel), dactions de formation à lattention dinstitutions et associations (Ministère de lintérieur, Secours Catholique ).
Description détaillée : Les actions de sensibilisation sont nées de la volonté des membres de Coexister de témoigner de leur engagement auprès dautres jeunes. Faisant le constat de lexistence de nombreux préjugés et stéréotypes, ils ont mis en place dès 2010 des ateliers de sensibilisation à destination des collégiens et lycéens principalement afin de déconstruire ces préjugés et promouvoir un vivre-ensemble respectueux de la diversité interculturelle et interreligieuse.
Au cours de lannée scolaire 2014/2015 165 interventions de sensibilisation, facturées aux structures demandeuses, ont été organisés partout en France, par les groupes locaux et léquipe nationale, principalement à la demande détablissements scolaires (128 interventions), mais aussi de paroisses, dune mosquée ou dassociations comme la fédération des centres sociaux de la Vienne. Si ces ateliers de sensibilisation ont principalement touché des collégiens et lycéens (près de 1500 élèves), certains étaient également spécifiquement destinés aux adultes chargés de les encadrer dans le cadre scolaire ou extra-scolaire (Maison des jeunes, scoutisme par exemple ). Il est toutefois à noter que jusquen 2015 seuls des établissements denseignement privés ont bénéficié de ces interventions, lassociation Coexister étant en cours dhabilitation pour intervenir dans les établissements publics.
Ces interventions sont organisées à linitiative le plus souvent des responsables de la pastorale et parfois des chefs détablissements. Ils ont généralement eu connaissance de laction de Coexister par des élèves déjà engagés dans des mouvements cuméniques (scoutisme, centres spirituels ) ou par le bouche à oreille. Tout en adoptant majoritairement une position bienveillante, les Directions diocésaines de lenseignement catholique ne se posent pas en promoteur de la démarche auprès de leurs établissements. Les demandes correspondent généralement à une évolution au sein de létablissement (inscription délèves dune autre confession), à un ressenti plus général de replis sur soi ou dindifférence des élèves vis-à-vis du fait religieux ou à un incident spécifique (propos ou attitude discriminantes). Les sollicitations auprès de Coexister ont notamment augmenté après lattentat de Charlie Hebdo.
Les contacts sont pris soit directement avec léquipe nationale, soit avec les groupes locaux de Coexister et les interventions préparées conjointement en amont. Les jeunes bénévoles qui interviennent sont préalablement formés au sein de lassociation, par des intervenants spécialisés, aux fondamentaux de la laïcité, de la coexistence active, de la prise de parole en public et à lutilisation des outils pédagogiques développés par lassociation. Ces outils (jeux, scénettes de théâtre, questions/réponses ) ont été validés par des pédagogues et par lObservatoire de la laïcité. Le format de lintervention est également décidé conjointement : dans le cadre de la pastorale, par niveau scolaire, pour lensemble des élèves ou seulement sur la base du volontariat, en présence ou non des enseignants Il sagit de sadapter au mieux aux contraintes et attentes de létablissement.
Les ateliers de sensibilisation se déroulent sur deux heures, généralement en deux temps. Les jeunes intervenants présentent dabord lassociation, témoignent de leur parcours au sein de lassociation, du message de Coexister et des activités de lorganisme. Puis le travail de déconstruction commence après avoir listé les préjugés sur les juifs, catholiques et musulmans, à travers différents jeux, questionnaires Un débat sengage afin détablir une distinction entre ce qui relève du cliché et dela définition même de chaque religion, déveiller lesprit critique et de donner une autre vision des religions et de la laïcité. Le fait quil soit porté par des jeunes à lattention dautres jeunes est un atout reconnu par les équipes pédagogiques comme par les participants car cela permet de libérer la parole et de rendre certains mots plus facilement audibles. Mais il peut aussi, dans certaines situations où le débat est particulièrement crispé, constituer une limite, les jeunes intervenants nayant pas toujours, malgré la qualité reconnue de leur formation, lépaisseur de vie suffisante pour y faire face. Lintervention de coexister peut-être renforcée lorsqu une réflexion préalable a déjà été amorcé, en cours ou en pastorale, avec les élèves.
Les ateliers de sensibilisation sont cependant dans lensemble perçus positivement, tant par les équipes pédagogiques, que par les élèves ou leurs parents, même si de rares mais virulentes oppositions ont pu se manifester ponctuellement. Certains établissements font appel chaque année à Coexister. Les ateliers peuvent même générer des initiatives chez les élèves : Ainsi, à Saint-Nazaire, une antenne Coexister sest créée au sein dun établissement, qui réunit une vingtaine délèves (chrétiens, musulmans, agnostiques, athées ). Ils interviennent à leur tour auprès délèves plus jeunes dun autre établissement du groupe scolaire. Il nest pas rare quà lissue des ateliers, des élèves se rapprochent également des groupes Coexister déjà en place sur leur territoire.
Impact(s) :
Les jeunes engagés dans le parcours Coexister témoignent dun changement personnel et intime dans leur relation à lautre, qui se concrétise dans leurs cercles amicaux et professionnels.
Ils gagnent également en autonomie, en confiance en eux et acquièrent des compétences liées à leurs activités au sein de lassociation.
Concernant les jeunes qui ont participé aux ateliers de sensibilisation, les retours denseignants témoignent dune libération de la parole sur un sujet difficile à aborder. Dans certains établissements, lorsquil existait des tensions avérées, leur diminution a pu être constatée. Il faut cependant rappeler que dans la majorité des établissements faisant appel à Coexister, les élèves sont pour la plupart déjà sensibilisés au fait religieux.
Latelier de sensibilisation peut générer dautres initiatives en faveur dune coexistence active, porter par les élèves eux-mêmes.
Partenaire(s) : Lassociation a reçu le soutien de très nombreux partenaires : représentants des principales religions, mouvements confessionnels, mouvements autour de la non-violence, de loeucuménisme, acteurs institutionnels et associatifs, fondations
Il est notamment soutenu par La Présidence de la République qui en a fait en 2015 son « grand projet présidentiel » dans le cadre de La France sengage, par lObservatoire de la laïcité, le Ministère des affaires étrangères et du développement international, le Conseil économique et social.
Moyens :
Financiers
Le budget annuel de lassociation sur lannée 2014-2015 sélève à 210 000 euros, dont 26% de financements publics et 17% de financement privé. Les 57% restants sont de lautofinancement : cotisations des adhérents (20 euros) et prestations notamment, dont les ateliers de sensibilisation (200 pour deux heures, 300 pour une demi-journée, et 500 pour une journée).
Humains
4 ETP pour assurer la coordination de lassociation au niveau national, 17 jeunes en service civique, positionnés pour certains auprès des groupes locaux.
Matériels
Chaque groupe dispose dun local pour laccueillir. Concernant les ateliers de sensibilisation, les intervenants sappuient sur les outils mis au point par Coexister (vidéo, questionnaires )
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