Type d'action :
- Intégration
- Lutte contre l'exclusion sociale
- Vie en établissement
- Gouvernance, partenariats institutionnels
- Nouvelles pratiques professionnelles
- Bénévolat
Région : Pays de la Loire
Sur le vif :
« Il faut des procédures mais aussi du bon sens et dès que des personnes de bonne volonté simpliquent les projets fonctionnent », lingénieur du Centre hospitalier à lorigine du projet.
Porteur(s) de l'action :
Centre hospitalier du Mans
Objectif(s) et bref descriptif :

Pour lutter contre le gaspillage et favoriser lurgence alimentaire, le centre hospitalier du Mans a mis en place un circuit inédit de redistribution de ses surplus alimentaires. Avec laide de deux associations locales, cette ambition a permis douvrir dès 2013 un restaurant solidaire pour public en difficulté. Les 10000 repas distribués chaque année participent à une meilleure qualité de vie pour des personnes en grande difficulté qui peuvent désormais profiter dun véritable repas chaud, servi à table par des bénévoles dans un lieu adapté. Limplication et le partenariat dacteurs divers (centre hospitalier, services de lÉtat, conseil départemental, associations locales) garantissent la pérennité de ce service rendu, alors que lorganisation du lieu et lengagement des bénévoles permettent aux personnes de profiter dun moment partagé, propice aux échanges.
Origine(s) :
Lorsque la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010 établit des obligations nouvelles en matière de gestion des déchets organiques ou bio déchet (obligation pour les gros producteurs de trier leurs déchets à la source et den assurer la valorisation), le Centre hospitalier du Mans est déjà engagé dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, avec des procédures très strictes sur la production des repas.
Plus grand Centre hospitalier non universitaire de France avec 1672 lits il sert 1,4 millions de repas par an. Or, en dépit de sa gestion attentive du nombre de repas, un tel volume de production conduit inévitablement à du gaspillage alimentaire. Sa cuisine centrale génère ainsi chaque année 50 tonnes de déchets alimentaires, dont 6000 kilos de surplus alimentaires. Si les restes des plateaux repas servis aux patients de lhôpital sont bien des déchets alimentaires, les surplus sont des plats cuisinés, des produits laitiers, des fruits et légumes, des conserves, des gâteaux, confitures
, qui nont pas été servis et sont encore consommables. Auparavant, ces surplus alimentaires, considérés comme des ordures ménagères, étaient jetés et incinérés comme les restes de plateaux.
Les nouvelles contraintes règlementaires vont favoriser une réflexion plus générale sur le devenir de ces surplus. À partir de 2013 les restes alimentaires générés par la restauration collective deviennent des bio déchets, ne peuvent plus être envoyés en centre dincinération et doivent être récupérés pour être transformés en compost ou dirigés vers une usine de méthanisation. Dans le cadre de sa réflexion sur lapplication de ces obligations, le service restauration de lhôpital et en particulier son ingénieur responsable, cherchent un moyen de mieux valoriser ces aliments consommables, tout en assurant une parfaite sécurité alimentaire.
Soutenu par la direction départementale de la cohésion sociale le projet de distribution de repas à des personnes en situation de précarité est alors élaboré au terme dune période ponctuée dun grand nombre de réunions de travail et de prises de contact avec les associations locales. Lassociation Tarmac, acteur central de linsertion sociale en Sarthe est alors repérée comme pouvant orienter des personnes hébergées en logement durgence, en difficulté pour se préparer des repas avec des denrées brutes. Reste à trouver un troisième partenaire pouvant assurer la logistique et le fonctionnement dun lieu de restauration. Parmi toutes les associations contactées pour mettre en uvre ce projet cest lOrdre de Malte qui relève le défi. Issue du plus ancien organisme caritatif au monde cette association place le service aux personnes démunies et dans le besoin au centre de ses activités. La délégation départementale de la Sarthe accepte dassurer toute la logistique depuis les cuisines du Centre hospitalier jusquà la fin du repas.
Description détaillée :
Un projet rendu possible grâce à un travail partenarial
Si le service restauration du Centre hospitalier imaginait mettre en place son projet de distribution de repas en trois mois, ce sont trois ans qui furent nécessaires. En effet, lidée de distribution aux plus démunis est rapidement adoptée, mais la population destinataire doit être définie et les conditions de fonctionnement précisées. Il convient également de trouver les partenaires pour mener à bien ce projet.

Or, les acteurs associatifs de laide alimentaire dans le département ne sont pas des partenaires habituels et naturels du Centre hospitalier.
Laccompagnement de la direction départementale de la cohésion sociale va donc se révéler essentiel pour identifier les partenariats possibles et aider au montage de lorganisation.
Lassociation Tarmac, financée pour ses activités par lÉtat, héberge les personnes en grande difficulté et assure la responsabilité du 115 dans le département, gère 2 hôtels daccueil durgence sur la ville du Mans dont un qui bénéficie dune grande salle inutilisée qui peut facilement être mise à disposition, permettant aux personnes hébergées de bénéficier des repas. Ainsi les personnes seules et les familles logées dans les deux hôtels sont invitées à profiter du restaurant, à leur libre choix, ce qui a aussi permis une plus grande sécurité alimentaire et sanitaire, le stockage de denrées et la préparation « sauvage » de repas nétant alors plus autorisée dans les chambres.
Le lieu et les personnes bénéficiaires définis, toute la logistique reste à construire. Les associations sarthoises intervenant dans laide alimentaire sont contactées mais le projet de restaurant élaboré par le Centre hospitalier se révèle alors peu conforme à leurs processus de distribution, des denrées remises aux bénéficiaires pour une consommation individuelle dans le lieu de vie, et elles préfèrent ne pas simpliquer.
Cest la délégation sarthoise de lOrdre de Malte qui se porte volontaire pour assurer la logistique, lassociation catholique et hospitalière (au sens de lhospitalité) se reconnaissant dans un projet nécessitant de se mettre littéralement au service de la population dans le besoin.
De mai à septembre 2013 lorganisation est testée et lensemble des outils mis en place : conventions entre le Centre hospitalier et les 2 associations, documents administratifs garantissant le respect des normes dhygiène et de sécurité alimentaire liées au Plan de maîtrise sanitaire du service de restauration du CH. À la demande de la délégation sarthoise de lOrdre de Malte un véhicule isotherme est financé par une subvention du Conseil départemental, permettant le transport des denrées.
Un restaurant solidaire
Le restaurant sinstalle dans une salle dun des hôtels dhébergement durgence géré par lassociation Tarmac, mise à disposition gracieusement par lhôtelier propriétaire des lieux. Pourvue dun office permettant le réchauffage et les préparations, cette salle est inutilisée car lassociation ne prend pas en charge les repas des personnes quelle héberge dans le cadre de laccueil durgence. Celles-ci bénéficient en effet dune aide alimentaire souvent constituée de produits froids sans possibilité de cuisiner.
Afin de permettre le fonctionnement du restaurant une organisation très précise se met en place : cinq bénévoles sont mobilisés chaque soir, deux pour la livraison, trois pour le service, ce qui nécessite un volant de 30 personnes qui sinscrivent 15 jours à lavance sur un calendrier partagé pour se répartir les tâches. Les plats sont préparés puis conditionnés dans la cuisine du Centre hospitalier avant dêtre récupérés par les bénévoles le lendemain à 16h30 puis livrés au restaurant avec le véhicule. Le restaurant est ouvert de 18h à 20h et assure 3 services à partir de 18h30. La diversité des surplus permet de faire choisir les plats servis, ce qui offre également loccasion déchanges sur les produits utilisés, avec une attention particulière sur les interdits alimentaires personnels éventuels. Ce moment est également un prétexte à lapprentissage de vocabulaire nouveau, en particulier pour les primo-arrivants auxquels les enfants déjà scolarisés apprennent les rudiments du français.
Un repas gage de convivialité et de paix
Les personnes qui fréquentent le restaurant solidaire sont orientées par lassociation Tarmac qui les héberge souvent pour un temps court. Dans un parcours de vie compliqué, émaillé de difficultés, violences voire de déracinement, le repas au restaurant solidaire est un moment de réconfort et de chaleur humaine.Cest loccasion déchanges entre les familles et avec les bénévoles, de relations interculturelles. Louverture et le partage caractérisent ces temps où bénéficiaires et bénévoles à leur service créent des liens croisés. Ce moment collectif est dailleurs suffisamment apprécié pour que les familles aient du mal à remonter dans leur chambre. Lassociation Tarmac souligne que ces relations avec les bénévoles sont riches déchanges et de convivialité, sans aucune pression, des moments rares pour des personnes dont les liens sétablissent surtout avec des professionnels, le plus souvent travailleurs sociaux, autour denjeux primordiaux, accès au logement, statut sur le territoire
Il est important de souligner que le restaurant solidaire ne produit quasiment pas de restes, les personnes consomment tout ce qui est proposé avec plaisir.
En amont les équipes de restauration du Centre hospitalier simpliquent et peuvent témoigner que cette action donne un supplément de sens à leur travail et laction perdure en dépit du départ à la retraite de lingénieur en restauration collective à lorigine du projet, qui est toujours le référent de laction, en lien avec son successeur au sein du Centre hospitalier.
Des prolongements avec dautres acteurs
Lorganisation du restaurant est limitée à quatre jours de service compte tenu du besoin dun volant de 30 bénévoles. Cependant les repas en surplus sont produits quotidiennement. Aussi, depuis le 1er octobre 2017, les trois autres jours, vendredi, samedi, dimanche, ce sont les restos du cur qui récupèrent les repas et les distribuent dans deux lieux de la ville entre 19h et 21h, dont un bus aménagé, le Bus du cur, qui pratique la distribution aux personnes très démunies du territoire manceau, en particulier les personnes sans domicile. Cette nouvelle organisation a pu se mettre en place à la faveur de changements dans les équipes et les process de lassociation.
Aujourdhui une trentaine détablissements hospitaliers valorisent leurs surplus alimentaires en pratiquant des dons aux acteurs de laide alimentaire selon des modalités diverses et lAssistance Publique-Hôpitaux de Paris est en cours délaboration dun projet. Le restaurant solidaire du Mans demeure le projet le plus abouti, avec une chaîne de distribution complète, de la production à lassiette avec un accompagnement humain et un accueil sans condition.
Impact(s) :
Cette action lutte contre le gaspillage alimentaire et participe à une moindre production de déchets.
Des personnes en grande difficulté peuvent bénéficier dun repas chaud et équilibré dans un lieu agréable.
10 000 repas non consommés par les usagers de lhôpital, soit 0,7% du volume total des repas élaborés, sont ainsi redistribués chaque année.
Le restaurant est un lieu de rencontre entre les familles hébergées qui ne se côtoient pas pendant la journée.
Les bénévoles de lOrdre de Malte créent un lien de grande proximité avec les bénéficiaires.
Les échanges autour de la nourriture permettent les prémisses de lapprentissage du français.
Partenaire(s) :
Délégation départementale de lOrdre de Malte
Association Tarmac
État, Direction de la cohésion sociale
Conseil départemental de la Sarthe
Société Mécapack, don de barquettes à usage unique
Société Besnard, don de four à micro-ondes
Moyens :
Humains :
Le fonctionnement actuel mobilise uniquement des bénévoles : lingénieur en restauration collective actuellement retraité du Centre hospitalier qui est toujours le référent de laction en lien avec les services hospitaliers, et pour la délégation de lOrdre de Malte 30 bénévoles, les équipes des restos du cur
Financiers :
Le budget de fonctionnement annuel de laction est évalué à 2000 euros, surtout pour des frais de carburant
Matériels :
Un véhicule isotherme, de la vaisselle jetable (récupération de lots utilisables mais refusés à la vente)
*Mention légale :
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