Type d'action :
- Gouvernance, partenariats institutionnels
- Diagnostic partagé
Région : Aquitaine
Sur le vif :
« Le comité dexperts « Pactotec » nous permet de faire évoluer notre manière de travailler, ce qui est rafraichissant. Cela nous permet dattaquer autrement des problématiques que nous avons déjà lhabitude de traiter, de conforter des intuitions ou de faire émerger de nouveaux sujets à creuser. » Agent de la ville de Bordeaux.
Porteur(s) de l'action :
Ville de Bordeaux
Objectif(s) et bref descriptif :

Afin daméliorer la coordination et linterprétation de la connaissance produite sur le territoire et de favoriser lappropriation de cette connaissance par lensemble des acteurs locaux, la Ville de Bordeaux a créé en décembre 2015 un comité dexperts (appelé « Pactotec ») rassemblant de nombreux services municipaux et leurs partenaires. En sappuyant sur lobservation partagée et la production détudes ciblées sur des quartiers bordelais, le comité dexperts « Pactotec » contribue au renforcement de la connaissance du territoire et à la diffusion dune culture de lobservation partagée à tous les niveaux des institutions.
Origine(s) :
En 2015, la Ville de Bordeaux a mené un travail important de diagnostic participatif, qui a abouti à lélaboration de son Pacte de Cohésion Sociale et Territoriale1. Construit sur une base partenariale, décliné sur chacun des huit quartiers bordelais, il se structure en cinq axes transversaux :
Axe 1 : Sinsérer économiquement, être citoyen actif
Axe 2 : Habiter la ville, partager la vie
Axe 3 : éducation, culture et savoirs
Axe 4 : Bien-être, santé, environnement préservé
Axe 5 : Tranquillité publique et prévention, lutte contre les discriminations
Pour animer ce Pacte, la Ville de Bordeaux sest dotée dun ensemble doutils de gouvernance, dobservation, danalyse et dévaluation : la « Pactotec ».
Dimension importante du Pacte, lobservation du territoire sappuie en interne sur des données diverses, principalement issues de lanalyse des besoins sociaux (qui présente des données statistiques relatives à chaque quartier). Dautres modalités dobservation sont également mobilisées, à linstar des « diagnostics en marchant » (recueil de la parole des habitants et des professionnels de terrain lors de déambulations sur des parcours précis quant à leur vécu du territoire2).
Si ces outils dobservation constituent une ressource précieuse, les agents et les élus de la ville rencontrent parfois des difficultés à semparer pleinement des données disponibles pour éclairer laction portée sur le territoire. De plus, les nombreuses données produites par les services municipaux et leurs partenaires ne répondent généralement pas à une démarche coordonnée et leur visibilité dépasse rarement le service qui les a produites, y compris au sein dune même institution.
Pour surmonter ces deux écueils, la Ville de Bordeaux propose la création dune instance déchange entre partenaires et services producteurs de connaissance, permettant à la fois de mieux diffuser les données ou études existantes et de les analyser collectivement.
Un petit groupe dagents impliqués dans lanalyse des besoins sociaux (démographe, chargés de mission) se réunit alors en interne pour définir les objectifs, les modalités de fonctionnements et les besoins de la future instance. En parallèle, la Ville cherche à sinspirer dexpériences danalyses des besoins sociaux « renforcées », à linstar du « Nantoscope des besoins sociaux » développé à Nantes. Lambition bordelaise se rapproche également despaces dobservation partagés existant dans dautres villes, à linstar de lAPRAS à Rennes3. En décembre 2015, le comité dexperts « Pactotec », rassemblant des professionnels issus des différentes institutions partenaires du territoire, est lancé.

Description détaillée :
Une instance pluripartenariale dobservation partagée
Le comité dexperts « Pactotec » répond à deux objectifs majeurs :
- améliorer la coordination et linterprétation de la connaissance produite sur le territoire ;
- favoriser lappropriation de cette connaissance par lensemble des acteurs locaux (élus, services municipaux, partenaires, habitants).
Ses missions reposent sur quatre fondamentaux :
- la mobilisation et léchange de données qualitatives et quantitatives entre partenaires,
- la conduite dune analyse partagée de ces données,
- la formulation de préconisations,
- le partage des informations et de la communication autour de ces préconisations.
Animé par la mission ingénierie sociale de la Direction Générale des Solidarités et de la Citoyenneté de la Ville de Bordeaux, il est co-piloté par lAdjointe au maire en charge de la cohésion sociale et territoriale et par lAdjoint au maire en charge de la santé et des seniors.
Le comité dexperts « Pactotec » se réunit tous les trimestres. Il est composé de trois collèges : élus et agents municipaux (direction générale des solidarités et de la citoyenneté, direction du développement social urbain, démographe / DACI, centre communal daction sociale), partenaires institutionnels de la ville (Préfecture, DRDJSCS, Département, Caisse dallocations familiales, Pôle Emploi, Maison de lEmploi), experts du territoire ou dun champ dinvestigation spécifique (chercheurs universitaires ou agence durbanisme par exemple).
Réunir des partenaires issus de culture différentes autour de la table et les inviter à partager leurs analyses est un mode de fonctionnement nouveau à léchelle locale. Il sinscrit dans une volonté de partager davantage les éléments de connaissance produits sur le territoire mais implique que lensemble des parties prenantes puissent sapproprier le sens et le fonctionnement dune telle instance. A cette fin, une charte est élaborée et adoptée en avril 2016.
En parallèle des travaux menés par le comité dexperts, un chargé de mission, responsable notamment de lanalyse des besoins sociaux, mobilise et coordonne les données transmises par les services et leurs partenaires, que celles-ci soient publiques ou mises à disposition par le biais de conventions bilatérales.
Un fonctionnement par projets
Lieu de coordination et de valorisation de la connaissance produite sur le territoire, le comité dexperts a vocation à intervenir en complément et non en substitut aux outils dobservation de chaque partenaire. Aussi, une de ses missions centrales est également didentifier des besoins précis en observation du territoire. A cet effet, un programme de travail définissant quelques champs dinvestigation prioritaire est adopté chaque année.
En complétement des études déjà réalisées par chacun des partenaires, les travaux engagés par le comité dexperts privilégient des sujets ciblés. En 2017, deux axes de recherche prioritaires sont définis en combinant des entrées territoriales (quartier), thématique et par public. Une première étude sintéresse à lautonomie des séniors au sein du grand quartier Caudéran (44 000 habitants). Une seconde concerne la mobilité de la jeunesse au sein du quartier en politique de la ville des Aubiers. Ces deux micro-études ont recours, dans leurs réalisations, à des méthodologies différentes. Confiée au master 1 « problème sociaux et politiques urbaines » de la faculté de sociologie de lUniversité de Bordeaux, létude menée sur la Jeunesse aux Aubiers sappuie essentiellement sur des méthodologies qualitatives (entretiens individuels ou collectifs, observation et rencontre sur le lieu de vie). Elle repose sur la compilation des mémoires de recherche des étudiants de la promotion, ayant chacun appréhendé sous un angle propre lenjeu de la mobilité des jeunes du quartier. Portée par lagence durbanisme de Bordeaux (AUrba), létude relative à lautonomie des séniors sur le quartier Caudéran mobilise essentiellement des données statistiques territorialisées.
A titre dexemple, la micro-étude relative à la mobilité de la jeunesse des Aubiers sest déroulée de janvier à juin 2017. La mobilité a été comprise par les étudiants selon une définition large, englobant la mobilité physique mais également le parcours de vie, ainsi que lévolution des opinions et des valeurs des jeunes. Plus précisément, la synthèse des travaux sinterroge sur les différents niveaux dappartenance des jeunes et sur les univers dont ils tirent des ressources pour construire leur identité et sinsérer socialement. Sintéressant à trois sphères dappartenance (International, commune, quartier), létude met en lumière les rapports complexes et variés quentretiennent les jeunes avec leur quartier et le reste de la ville, ainsi que le rôle de lécole et des structures locales dans leur parcours de vie et leur sentiment dintégration. En outre, létude permet de faire émerger des différences dintégration, de capacité à se projeter hors du quartier et de représentations entre les hommes et les femmes, ainsi quentre les habitants résidant depuis longtemps dans le quartier et les nouveaux arrivants. Bien que la question du sentiment dappartenance des jeunes à un quartier et à une commune ne soit pas un sujet totalement nouveau sur un plan théorique, lapproche micro-locale et qualitative permet aux acteurs locaux didentifier des points damélioration de laction menée sur le quartier (voir infra).
Le développement dune culture de lobservation à tous les étages
Sil est encore trop tôt pour identifier les impacts opérationnels des deux micro-études portées par le comité dexperts en 2017, les effets du comité dexperts sur la diffusion dune culture de lobservation partagée et la transformation des pratiques sont en revanche plus perceptibles.
Tout dabord, le comité dexperts permet de faire connaître et dexpliciter des travaux dobservation jusqualors peu diffusés. Ainsi, les temps de rencontre associent des présentations détudes ou de diagnostics réalisés sur le territoire à des temps déchanges plus informels sur les besoins et les ressources en observation du territoire. En 2017, une visite de quartier accompagnée dune présentation de plusieurs structures est également organisée dans le cadre du comité dexperts. Par conséquent, le comité dexperts contribue à construire un socle de repères communs. De plus, la variété de sujets et dapproches mobilisés dans le cadre des études portées en 2017 contribue à sensibiliser des élus et des partenaires quant à la plus-value de lobservation. Les échanges menés en comité dexperts « Pactotec » ont également conduit certaines institutions, comme le Département, à ajuster la présentation de certaines données pour proposer une visualisation à une échelle micro-locale (échelle IRIS Insee, permettant une géolocalisation des données par ilot de 2000 habitants) de données jusqualors uniquement accessibles à léchelle cantonale.
Ensuite, les productions et informations échangées en comité dexperts sont aujourdhui diffusées plus largement, permettant de nourrir dautres instances ou démarches (analyse des besoins sociaux, diagnostic relatif à la convention territoriale globale engagée avec la CAF, etc.). Lappropriation par les agents de terrain de la connaissance produite en comité dexperts représente à cet égard un enjeu fort. Ainsi, létude menée sur le vieillissement à Caudéran a pu être restituée et discutée avec lensemble des acteurs présents sur le quartier en novembre 2017. De même, létude menée en 2017 sur la jeunesse des Aubiers devrait être présentée et débattue avec les jeunes et les acteurs du quartier en 2018.
La précision des sujets retenus permet de développer une connaissance fine des besoins des populations, de déconstruire des représentations parfois erronées, de confirmer certains ressentis ou encore danalyser laction locale sous un angle nouveau. En ce sens, les échanges qui ont lieu au sein du comité dexperts créent une dynamique favorable au renforcement de la coopération entre acteurs et entre services municipaux. Par exemple, la mise en exergue par les jeunes de lhétérogénéité du traitement du fait religieux par les pouvoirs publics ou les associations dans le quartier des Aubiers, qui conduit parfois à des discriminations, a interpelé les partenaires présents sur la nécessité dharmoniser leurs pratiques et celles des opérateurs quils financent. Ce renforcement de la dynamique de coopération entre acteurs du territoire est dautant plus fort dans les quartiers non situés en politique de la ville, moins acculturés aux démarches dobservation partagées.
Impact(s) :
Renforcement du lien entre lobservation et laction, en garantissant une interprétation plus juste des résultats des études produites.
Renforcement du partage des données qualitatives et quantitatives produites sur le territoire, ainsi que de la coordination des études produites par chaque partenaire.
Renforcement de la connaissance des besoins et des ressources du territoire en matière dobservation.
Développement dune culture partagée de lobservation et transmission de cette culture.
Partenaire(s) :
Préfecture, Direction régionale et départementale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRDJSCS), conseil départemental de Gironde, Unité territoriale de Bordeaux de la Caisse dallocations familiales de Gironde, Pôle Emploi, Préfecture/Politique de la Ville, Université/Département de sociologie.
Moyens :
Humains : La mise en place du comité dexperts a nécessité la mobilisation dune chargée de mission à temps plein. En 2017, plusieurs chargés de mission sont mobilisés pour une partie de leur temps sur le fonctionnement le comité dexperts :
La directrice générale adjointe assure la direction du projet
Une chargée de mission/cheffe de projet est mobilisée sur le pilotage et lanimation du comité dexpert
Un chargé de mission analyse des besoins sociaux est mobilisé sur la centralisation et le traitement des données des services municipaux et partenaires, notamment dans le cadre de lanalyse des besoins sociaux.
Une démographe municipale est également ponctuellement sollicitée.
Par ailleurs, lélaboration de la micro-étude relative aux Aubiers sest appuyée sur une stagiaire en master 2 de luniversité de Bordeaux pendant 6 mois.
Financiers : Le comité dexperts dispose dun budget de 15 000 , financé par la Ville de Bordeaux et consacré aux frais imputables aux études et aux événements organisés.
Matériels : Mise à disposition dune salle par la Ville de Bordeaux pour les réunions du comité dexperts.
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