Type d'action :
- Lutte contre l'exclusion sociale
- Nouvelles pratiques professionnelles
- Participation des habitants
- Bénévolat
- Diagnostic partagé
Région : Pays de la Loire
Sur le vif :
« Au départ, le terme de réciprocité heurte la logique des politiques sociales. Cela suscite beaucoup dinterrogations sur ce que ça peut changer au quotidien dans notre relation daide avec lusager. Il nous a donc fallu un peu de temps pour approfondir ces interrogations et nous approprier vraiment cette notion, pour imaginer comment cela peut se décliner concrètement et ce que ça peut apporter de positif. » Travailleur social du CCAS
Porteur(s) de l'action :
CCAS dAngers
Objectif(s) et bref descriptif :

Afin de renouveler les politiques publiques en valorisant mieux les compétences et les idées de leurs usagers, les élus de la Ville dAngers (150 000 habitants) décident en 2014 dintroduire le « principe de réciprocité » dans la mise en uvre des politiques sociales. Appliqué aux politiques sociales, ce principe est dans un premier temps confronté à de nombreuses craintes et interrogations chez les professionnels. A lissue dun travail de co-construction de plus dun an ayant associé les élus, les agents du CCAS, les partenaires institutionnels et associatifs, les usagers et les habitants, ce principe saffine sans perdre son ambition initiale et devient une démarche de promotion de « lengagement solidaire » ouverte sur la ville venant réinterroger en profondeur la relation entre professionnels et usagers.
Origine(s) :
Elue en mars 2014, la nouvelle équipe municipale de la Ville dAngers inscrit dans son projet de mandat lambition de renouveler les politiques daction sociale en introduisant, entre autre, le « principe de réciprocité ». Pour les élus angevins, il sagit de préserver la dignité et lestime de soi des personnes aidées, en permettant à celles-ci de valoriser leurs compétences et leurs idées plutôt que de les cantonner à un rôle de « demandeurs ». Dans la même logique, le « principe de réciprocité » vise à faire évoluer le regard de la société sur les bénéficiaires des politiques sociales en mettant en avant, leur contribution à lintérêt général.
Souhaitant procéder par étape, la Ville dAngers expérimente en mai 2015 la mise en application du « principe de réciprocité » en sappuyant sur un dispositif existant : laide au permis de conduire pour les jeunes, mis en place depuis 2008 au CCAS et renommé « Permis Citoyen » pour loccasion. En échange dune aide financière et dun accompagnement individuel, le bénéficiaire de ce dispositif effectue un engagement solidaire de 20 à 40 heures au sein dune association ou dun service de la Ville. En 2016, un premier bilan de cette expérimentation met en évidence de nombreux effets positifs à cette lévolution du dispositif, dont le renforcement de lestime de soi chez les jeunes bénéficiaires.
Par ailleurs, à loccasion de la première édition de la
Rentrée des Solidarités dAngers en septembre 2015, ladjointe au Maire en charge des Solidarités Actives et du Handicap, vice-présidente du CCAS, consacre un atelier au thème de la réciprocité rassemblant des élus, des professionnels, des bénévoles et des usagers. Si ce temps déchange conforte lintérêt théorique du « principe de réciprocité », de nombreux acteurs restent toutefois sceptiques quant à la manière dont ce principe peut réellement être décliné dans lensemble des politiques sociales municipales. Plus particulièrement, certains professionnels craignent, si la réciprocité nest interprétée que comme une stricte contrepartie, linstauration dune « double peine » pour des personnes déjà fragilisées.
En parallèle, la Ville dAngers sengage dans une action-recherche pilotée par lODAS entre 2015 et 2017, intitulée « Les Villes et le vivre ensemble. La gouvernance locale de la cohésion sociale » . Elle cible sa question de recherche sur la traduction du principe de réciprocité dans les politiques sociales municipales.

Cette action a été repérée et expertisée dans le cadre de l
'action recherche « Villes et vivre ensemble La gouvernance locale de la cohésion sociale », menée par l'Odas en partenariat avec le CGET.
Description détaillée :
Une large concertation pour définir les contours dun principe soulevant des craintes et des interrogations
A lécoute des craintes exprimées lors des premiers temps de présentation du « principe de réciprocité », les élus décident dengager une large concertation en mars 2016. Au même moment, un travail de refonte du règlement daide sociale facultative du CCAS est également lancé. Interrogeant lun comme lautre les pratiques professionnelles et les actions mises en place par le CCAS, les deux projets sont portés conjointement. La démarche de concertation dure plus dun an et se déroule en quatre phases.
Dans un premier temps, lensemble des professionnels de la Direction de laction sociale du CCAS (agents daccueil, travailleurs sociaux, assistants de service, agents administratifs, responsables de service et de pole) sont réunis lors de trois ateliers. Dès cette étape, il ressort que le terme « principe de réciprocité » en lui-même, jusqualors peu employé dans les politiques publiques locales, bouscule les valeurs, les représentations individuelles et les pratiques professionnelles des agents du CCAS.
Dans une deuxième phase, la réflexion est élargie à lensemble des acteurs concernés par laction du CCAS, par le biais dateliers et dune enquête : associations, usagers, habitants, services municipaux. Ce croisement des regards entre professionnels du CCAS et associations est loccasion de constater que la philosophie du « principe de réciprocité », en particulier la valorisation de la contribution de chacun à la vie de la cité, est déjà mise en uvre par plusieurs associations, reposant sur une logique de bénéficiaires-bénévoles. De même, laccueil plutôt positif de ce principe par les usagers interrogés joue un rôle majeur dans son acceptabilité par les professionnels.
En parallèle de cette démarche de concertation portée par le CCAS, une première visite sur site est organisée dans le cadre de laction-recherche « Les Villes et le vivre ensemble » portée par lOdas. Des entretiens individuels et collectifs sont conduits auprès de 70 personnes dhorizons divers, qui permettent de nourrir la réflexion en cours : élus de la Ville et membres du conseil dadministration du CCAS ; partenaires institutionnels ; agents de la Ville et du CCAS, associations partenaires du dispositif « Permis citoyen » ; habitants, etc. Cest également loccasion de présenter un premier bilan positif de lévolution du « Permis Citoyen ».
A lissue de ces deux premières phases, le terme « réciprocité » demeure lobjet de nombreuses interprétations et sa traduction concrète dans les politiques municipales restent floues pour de nombreux agents. Pour stabiliser une définition claire et préciser des modalités de mise en uvre, une troisième étape, construite dans le cadre de laction-recherche « Les Villes et le vivre ensemble », est lancée avec lensemble des agents de la Direction de laction sociale du CCAS entre janvier et mars 2017.

Lappropriation du « principe de réciprocité » : un cheminement collectif
En sappuyant sur les paroles récoltées depuis le lancement de la concertation, une première série de cinq ateliers simultanés est menée en janvier 2017 avec une quarantaine dagents du CCAS. Chaque groupe est volontairement composé de manière à mixer les métiers et rassemble donc à la fois des travailleurs sociaux, des chargés des chargés daccueil et de médiation et des cadres.
Animé par un binôme de cadres du CCAS, ces ateliers permettent aux professionnels de sexprimer sur la manière dont ils comprennent le « principe de réciprocité » tel quintroduit par les élus, et les applications concrètes quun tel principe pourrait avoir sur leur pratique quotidienne. En prenant le temps de débattre des termes précis employés, ces temps déchange permettent à la fois didentifier les éléments faisant consensus, de réaliser collectivement des arbitrages sur les mots les plus adéquats pour décrire cette notion et de repérer les conditions dune mise en uvre réussie. Loin dêtre anecdotique, ce travail sur la terminologie contribue à lémergence dune culture commune.
Une autre partie des ateliers est dédiée à lidentification des formes de réciprocité pouvant être proposées aux usagers. Source de débat, cet exercice permet de poser des exemples concrets faisant directement écho au quotidien des professionnels sur une définition éthique ou philosophique : réaliser une mission bénévole au sein dune association ou dun service, participer à la préparation de la journée citoyenne , être parrain/marraine de quartier ou de dispositif, contribuer à des espaces de réflexion en tant quexperts dusage
A la demande des agents présents en janvier, une seconde série dateliers construits sur le même format a lieu en mars 2017. Ceux-ci rassemblent des agents présents lors de la session précédente et les agents nayant pas pu être présents lors de la première session. Un panachage qui permet aux premiers dêtre directement vecteurs de transformation auprès de leurs collègues.
Nuage de mots issu des ateliers de janvier et mars 2017
Tant dans leur forme que dans leur objectif, ces deux temps déchange sont décrits par les agents rencontrés comme des « tournants » dans leur appropriation de la commande municipale. De plus, la présence de tiers à ces temps déchange (collaborateurs de lOdas et membres de son réseau impliqués dans la recherche action) contribue également à nourrir la réflexion par lapport dun regard extérieur.
Une autre condition de réussite majeure du projet est létalement dans le temps de la démarche, qui permet une véritable progression de la réflexion. Par conséquent, si le choix de privilégier la co-construction a repoussé lapplication du principe de réciprocité, il permet de bénéficier dune dynamique davantage propice à la conduite du changement un an plus tard. En outre, vécue comme une marque de confiance des élus vis-à-vis des agents de terrain, la démarche a favorisé limplication de ceux-ci à tous les niveaux, au sein dun cadre clairement défini en amont : 1. Le principe de réciprocité sera généralisé à lensemble des politiques du CCAS dès 2018 ; 2. Les services sont libres proposer des modalités de mise en uvre de ce principe mais la décision finale appartient aux élus.
Enfin, linstauration dun management « en mode projet » dès le lancement de la concertation facilite la construction dune démarche de concertation cohérente. En interne, des chefs de projets sont nommés dès mai 2016 et des équipes projets, composées de binômes de cadres du CCAS et de la direction de laction sociale, sont mises en place. Chargées de porter la réflexion et danimer les temps de concertation avec lensemble des agents, ces équipes bénéficient du soutien méthodologique dune chargée de mission de la Direction Appui au Pilotage du CCAS.
De lapplication stricte du « principe de réciprocité » à la promotion de « lengagement solidaire »
En septembre 2017, le projet est validé par le Maire, puis restitué à lensemble des parties prenantes. A lissue dun an de réflexion collective, le « principe de réciprocité » initialement introduit par les élus sest affiné, sans pour autant perdre son ambition initiale. Le terme « réciprocité », jugé complexe (voire péjoratif) par les usagers et les professionnels, est remplacé par le terme « engagement solidaire ». Celui-ci repose sur trois principes fondateurs.
Premièrement, la réciprocité peut se décliner selon deux modalités complémentaires : certaines aides, à linstar du Permis Citoyen, incluent une contrepartie automatique (engagement bénévole, partage dexpérience entre pairs, etc.) ; dautres aides, dont les aides de première nécessité, ne sont soumises à aucune contrepartie directe mais sont loccasion dinviter lusager à la réalisation, sil le souhaite, dun engagement solidaire.
Deuxièmement, lengagement solidaire doit à la fois prendre sens pour lusager et avoir une portée dintérêt général (elle ne peut servir uniquement lintérêt de lusager). Par conséquent, les actions proposées doivent sappuyer sur les compétences ou les envies des personnes et contribuer au sentiment de reconnaissance sociale. Selon cette interprétation, le fait de sengager au remboursement dun prêt ou daccepter un accompagnement individuel contractualisé ne peut constituer, en soi, une forme de réciprocité. A linverse sengager au sein dune association, contribuer à des espaces de réflexion (en tant quexperts dusage), ou encore participer à des ateliers collectifs relèvent de la réciprocité.
Enfin, lengagement solidaire peut sappliquer à tous à condition de reposer sur des modalités souples. En conséquence, les formes et les degrés dengagement proposés doivent être suffisamment variés pour être adaptés aux ressources de chacun. Des petites solidarités du quotidien, tout comme des engagements plus lourds, peuvent constituer des formes de réciprocité. De même, la temporalité de lengagement solidaire doit pouvoir respecter le rythme de la personne : si cet engagement nest pas réalisable au moment de la demande daide, la proposition pourra être faite dans un second temps.

Nuage de mots issu des ateliers de janvier et mars 2017
Cette évolution du « principe de réciprocité » est exigeante pour les professionnels. En effet, elle nécessite que ceux-ci soient en capacité de reconnaître, de valoriser et de répondre aux envies et capacités dengagement variées des personnes. Pour répondre à ce défi, le CCAS souhaite expérimenter en 2018 lanimation dun lieu tiers : le « comptoir citoyen ».
Lieu ouvert à tous en centre-ville, distinct des bâtiments de la Direction de laction sociale du CCAS pour éviter tout phénomène de stigmatisation, ce comptoir aura pour mission dorienter et daccompagner les citoyens souhaitant sengager dans des actions solidaires (quils aient été orientés par le CCAS ou non).
Impact(s) :
La concertation menée entre 2016 et 2017 a permis :
La validation des principes fondateurs du nouveau règlement daide facultative du CCAS
Lappropriation du « principe de réciprocité par les professionnels et son évolution progressive vers une démarche « dEngagement solidaire », reposant sur des valeurs partagées par lensemble des contributeurs à cette réflexion (professionnels, élus, partenaires, usagers).
Lamorce dune évolution du regard porté par les professionnels et les élus sur les usagers des politiques sociales.
Le lancement dune expérimentation autour dun « comptoir citoyen » destiné à favoriser lengagement de tous les Angevins.
Partenaire(s) :
La concertation menée entre 2016 et 2017 a permis :
La validation des principes fondateurs du nouveau règlement daide facultative du CCAS
Lappropriation du « principe de réciprocité par les professionnels et son évolution progressive vers une démarche « dEngagement solidaire », reposant sur des valeurs partagées par lensemble des contributeurs à cette réflexion (professionnels, élus, partenaires, usagers).
Lamorce dune évolution du regard porté par les professionnels et les élus sur les usagers des politiques sociales.
Le lancement dune expérimentation autour dun « comptoir citoyen » destiné à favoriser lengagement de tous les Angevins.
Des agents des CCAS dArras et de Garges-lès-Gonesse, le Commissariat Général à lEgalité des Territoires et lOdas ont également été associés à la démarche par le biais de laction-recherche « Les Villes et le vivre ensemble. La gouvernance locale de la cohésion sociale ».
Moyens :
Humains : Le groupe projet, composé des cadres et de la direction Action sociale (5 personnes), a réalisé des réunions hebdomadaires sur toute la durée de la démarche, soit 2h par semaine durant 1 an.
Une personne chargée de mission de la Direction Appui au pilotage, dédiée à lensemble des projets de lAction sociale définis dans le cadre de la démarche de Relecture des Politiques Publiques et planifiés sur la durée du mandat, a aidé le groupe projet à :
structurer la démarche (mise en place du mode projet)
concevoir les temps forts de concertation, analyser et consolider les résultats produits par la démarche
animer et conduire le projet (calendrier, jalons etc...)
préparer les dossiers pour présentation lors des réunions darbitrage
Financiers : Un budget de 9 000 a été mobilisé sur trois dans le cadre de la participation de la Ville dAngers à la recherche-action portée par lOdas.
Matériels : aucun moyen matériel nécessaire, en dehors des supports nécessaires à lanimation de la concertation et des ateliers.
*Mention légale :
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