Type d'action :
- Culture, Sport
- Loisirs, Vacances
- Développement urbain, Vie des quartiers
- Jeunesse
- Participation des habitants
Région : Alsace
Sur le vif :
« Cétait une expérience unique; ce projet nous a rendu important ! » Une pratiquante régulière du street workout.
Porteur(s) de l'action :
Eurométropole de Strasbourg
Objectif(s) et bref descriptif :

Afin de favoriser linsertion de jeunes du quartier de lElsau, le centre socioculturel et lEurométropole de Strasbourg ont encouragé leur initiative de construire une aire dentraînement de street workout. En sappuyant sur leur expertise dusage, les acteurs locaux et les jeunes ont pensé ensemble le mobilier et les conditions de mise en uvre du projet, tant et si bien que les agrès ainsi créés sont désormais commercialisés et mis en place dans plusieurs autres villes. Une action qui contribue à faire évoluer le regard des jeunes sur les professionnels et inversement, mais aussi à permettre au quartier jusquici enclavé de rayonner dans la métropole.
Origine(s) :
Entouré par la rivière de lIll, cloisonné par lautoroute, le quartier de lElsau (quartier en politique de la Ville) semble réellement enclavé, dautant plus quil concentre des difficultés économiques et sociales importantes. Les habitants eux-mêmes considèrent quils se trouvent sur une île, tant le quartier leur semble isolé. Et de fait, ces dernières années, ils ont vu partir les commerces, et le quartier est presque systématiquement associé à la maison darrêt qui trône là depuis les années 1990. Toutefois, de longue date, dans ce quartier, la pratique sportive est particulièrement mise en valeur. Il nest donc pas étonnant dy voir fleurir de nouveaux sports, à linstar du street workout. Ce sport, initialement pratiqué en détournant du mobilier urbain, mêle adroitement des figures de gymnastique avec des exercices de musculation.
Face à ce phénomène grandissant, et considérant les risques importants pris par les jeunes, lidée de mobiliser une salle dédiée au street workout émerge au centre socioculturel de lElsau. Cette idée est renforcée par la présence dun groupe composé dune dizaine de jeunes du quartier, suivant un dispositif dinsertion incluant une pratique sportive. Ces derniers, bénéficiant de laccompagnement dun agent du centre socioculturel, sexercent alors dans la salle de remise en forme de la structure. Leur pratique se rapproche de plus en plus de celle du street workout, mais leur progression est freinée par labsence de matériel dédié. Ils se tournent alors vers la direction du centre socioculturel qui accepte dadapter la salle à cette pratique à la fin de lannée 2014.
Pendant près dun an les jeunes sexercent dans cette petite salle, mais la croissance progressive du nombre de participants encourage le centre socioculturel à se tourner vers lEurométropole de Strasbourg. Ils souhaitent en effet mettre en place une grande aire dagrès ouverte dédiée au street workout. Après avoir acquis laval de la direction, les jeunes, soutenus par lagent du centre socioculturel, sadressent au maire adjoint en charge de la jeunesse et de lanimation qui se montre vite intéressé par le projet. Dès lors, si les jeunes sont accompagnés au quotidien par le centre socioculturel, cest lEurométropole de Strasbourg qui porte et permet au projet de voir le jour.

Cette action a été repérée et expertisée dans le cadre de l
'action recherche « Villes et vivre ensemble La gouvernance locale de la cohésion sociale », menée par l'Odas en partenariat avec le CGET.
Description détaillée :
Un projet par et pour les jeunes
Les jeunes ont réellement été intégrés au projet et ce, dès le départ. Le centre socioculturel avait en effet insisté sur sa volonté de les associer tout au long du processus. Dès lors, un échange pluripartite sengage entre lEurométropole, une société de construction qui travaille communément avec Strasbourg, mais aussi les jeunes sportifs, toujours accompagnés par le centre socioculturel de lElsau. Les premières rencontres, avec lélu puis les agents de lEurométropole de Strasbourg, ne nécessitent pas de temps de préparation car les jeunes sont réellement porteurs de ce projet. Dailleurs, afin de rendre leur demande plus concrète, ils organisent à plusieurs reprises des démonstrations dans la salle du centre socioculturel. Si tous ne peuvent pas être associés à ces rencontres, un noyau se forme autour dun groupe dune dizaine de personnes, essentiellement les jeunes présents dès le départ dans le cadre du dispositif dinsertion.
Pour les parties prenantes au projet, et notamment pour la société qui na aucune connaissance de ce sport, il ne sagit pas de fabriquer des modules en aveugle. Cest donc vers les jeunes quelle se tourne afin de recueillir leur expertise. Ainsi, lors de réunions techniques, les jeunes strasbourgeois travaillent avec la société pour imaginer les agrès les plus adaptés. Leur expertise va par exemple permettre dajuster la longueur de la barre, ou encore de réfléchir au matériau à privilégier pour celle-ci. Ils apportent non seulement un soutien en ingénierie, mais ils testent aussi les modèles avant leur validation. Face à cette pratique nouvelle, les défis sont aussi nombreux pour lEurométropole de Strasbourg, pour qui tout est à construire. Or, là aussi, les jeunes savent être force de proposition en réclamant des équipements, comme une poubelle et un point deau.
Très concrètement, les jeunes sont associés lors de réunions organisées plutôt au centre socioculturel de lElsau. Le plus possible, les professionnels essaient de les associer en amont des décisions afin que leur participation au projet ne soit pas superficielle. Sur certains sujets, jugés techniques par lEurométropole de Strasbourg, les jeunes sont consultés en aval, comme pour les règles à inscrire sur le panneau à lentrée de laire. Les sujets abordés donnent parfois lieu à de réelles négociations, ou chaque partie donne et argumente son point de vue. Cest le cas par exemple concernant le nombre de bancs à installer dans laire dagrès. Si les jeunes souhaitent quil y en ait plusieurs, les agents de lEurométropole préfèrent limiter les effets de spectacle et nen disposer quun seul. Sur ce sujet, les agents de lEurométropole ont réussi à convaincre les jeunes, mais les décisions auxquelles sont associées les jeunes se prennent toujours par consensus, à lissue des discussions. Au total, ce sont sept rencontres qui sorganisent entre 2015 et 2016, certaines en présence délus et dautres uniquement avec les professionnels. Les jeunes sont aussi présents lors des présentations qui précèdent la phase opérationnelle de construction.

Si la réflexion sest engagée en 2015, elle naboutit très concrètement quen mai 2017 par la construction effective de laire de 200 m² comportant une dizaine dagrès au cur du quartier de lElsau. En effet, un changement du porteur de projet à lEurométropole à mi-parcours a ralenti le projet. Cela a pu générer des craintes chez les jeunes qui sétaient tant investis, mais le maintien de réunions régulières, avec le maire adjoint qui supervise le projet notamment, a su calmer leurs inquiétudes. Louverture de laire de street workout ne met pas en péril la salle du centre socioculturel. Les deux fonctionnent en parallèle sous la supervision des agents du centre socioculturel et des athlètes confirmés (voir infra). De plus, louverture de laire de street workout attire beaucoup de jeunes entre neuf et douze ans, ce qui est assez nouveau. Le centre socio-culturel, en accord avec lEurométropole de Strasbourg, prévoit donc de réserver à partir de septembre un créneau pour les plus jeunes afin quils puissent apprendre les règles de base et saméliorer.
Un changement de regard entre jeunes et professionnels
Depuis 2014, le nombre de jeunes pratiquant le street workout est passé dune poignée à plusieurs dizaines. Ce sont désormais plus de cent jeunes qui viennent au centre socioculturel sexercer. Parmi eux, une dizaine de jeunes femmes sest laissée tenter. A lheure où légalité entre les femmes et les hommes reste un véritable enjeu, les acteurs du projet sont fiers de le souligner et ils espèrent que cette dynamique se maintiendra voire se développera.
En outre, grâce à ce projet, les jeunes ont acquis une connaissance précieuse sur la démarche de projet, sur la manière de le porter, de le défendre ou encore sur les contraintes financières, techniques ou politiques qui peuvent peser sur celui-ci. Plus largement, cela leur permet dappréhender le fonctionnement de ladministration et ses codes. Dailleurs le projet a déjà porté ses fruits, puisquune partie des jeunes en insertion présents au départ sont désormais en emploi. Certains pratiquants sont aussi devenus réellement aguerris avec le temps et participent à des compétitions au niveau européen.
Ces derniers, devenus presque professionnels, font partager leurs savoirs aux autres. En effet, du lundi au vendredi entre 16 heures et 19 heures, au moins deux jeunes « experts » accompagnent bénévolement les personnes venues sentraîner et nhésitent pas à jouer un rôle de coach dans la salle du centre socioculturel comme sur laire de street workout. De plus, avant louverture de laire, une convention passée avec la direction autorisait ce groupe de sportifs aguerris à ouvrir la salle du centre socioculturel les weekends et à accueillir ceux qui le souhaitent. Ces jeunes de lElsau se trouvent ainsi responsabilisés, mais aussi renforcés dans leur confiance en eux, dans les liens quils entretiennent avec leurs pairs et avec les professionnels.
Ce projet contribue en effet à changer le regard que les professionnels pouvaient porter sur les jeunes de lElsau. Tout au long de la démarche, les jeunes ont montré quils étaient responsables et dignes de confiance, mais ils ont aussi été dune aide précieuse tant pour la société en charge des agrès que pour lEurométropole de Strasbourg. Dailleurs, en choisissant de laisser laire de sport ouverte et disponible, lEurométropole de Strasbourg confirme la confiance placée dans les jeunes. En effet, seul un panneau indique les recommandations prioritaires. Si la Ville a demandé au centre socioculturel de veiller autant que possible au bon déroulement des séances de sport, personne ne contrôle systématiquement la pratique. Ce choix répond à lesprit du street workout, sport libre et innovant, en partie transgressif, mais il place aussi les jeunes dans une posture qui doit être la plus responsable possible.
Désenclaver « lîle de lElsau »
Vitrine très positive de la vitalité du quartier, laire dagrès rayonne dans toute lEurométropole, voire au-delà. En effet, le pilote du projet à lEurométropole se refuse à installer dautres aires de street-workout de la même ampleur au sein de la collectivité. Il est tout dabord vigilant à la pertinence des projets : à lElsau, la construction de ces modules répond à une demande forte des jeunes et à la tradition du quartier. Aussi et surtout, il souhaite que cette aire permette de faire entrer les strasbourgeois dans le quartier de lElsau, et par là même contribue à son décloisonnement. Car si lElsau estconsidéré comme une île, ce nest pas seulement à cause de lisolement qui la caractérise, cest aussi du fait de la difficulté de certains de ses habitants à sortir du quartier, à envisager la mobilité. Cloisonnement physique et mental donc que laire de street workout pourrait contribuer à désamorcer. Cela est renforcé par linclusion de laire de street workout dans un projet plus large : celui des parcours dactivités physiques urbaines de lEurométropole de Strasbourg, appelés Vitaboucle. En effet, certains circuits de course Vitaboucle passent par le quartier de lElsau et permettent à la fois aux coureurs de sarrêter pour sexercer au street workout à lElsau, mais aussi aux habitants daller courir bien au-delà du quartier.

Enfin, la grande aire de street workout fait déjà des envieux dans la Ville et même au-delà. Le pilote du projet témoigne avoir été approché par des collègues et des élus de communes voisines et même de Villes dans toute la France sintéressant de près au projet. A ce titre, la société a vendu les agrès imaginés par les jeunes strasbourgeois dans plusieurs villes, dont Bordeaux, Metz et Mulhouse avant même que ceux-ci ne soient disponibles dans leur propre ville, ce dont les jeunes retirent une grande fierté. En outre, la progression fulgurante dune partie des jeunes dans la pratique du street workout a permis la mise en place dune compétition européenne voire internationale sur ce terrain au cur de lElsau en juillet 2017. Là encore, les jeunes sont partie prenante au projet puisque, si la recherche de sponsors se fait plutôt du côté des agents du centre socioculturel, ce sont les jeunes, participants eux-mêmes à des compétitions européennes, qui essaient de mobiliser leurs pairs pour que la compétition soit la plus vivante possible.
Impact(s) :
Entre 2014 et 2017, le nombre de pratiquants du street workout à lElsau est passé dune dizaine à plus de cent jeunes.
Une démarche de co-construction qui porte ses fruits.
Les jeunes sont responsabilisés. Leurs savoirs et leur expertise dusage sont reconnus.
Grâce à une pratique régulière du sport, un impact positif sur la santé des jeunes est constaté.
Limage des jeunes et des professionnels est améliorée de part et dautre.
Laire de street workout contribue au désenclavement et au rayonnement du quartier.
Partenaire(s) :
Le projet est désormais porté et piloté par lEurométropole de Strasbourg, mais le centre socioculturel de lElsau est un acteur incontournable du processus. LEtat, au titre de la politique de la ville est un partenaire important puisquil soutient le projet à hauteur de 72 % du montant hors taxe. Dautres partenaires viennent se greffer ponctuellement, à loccasion de lorganisation de compétitions par exemple.
Moyens :
Humains : Une personne pilote ce dispositif, entre autres, au niveau de lEurométropole. Le responsable du secteur jeune du centre socioculturel de lElsau est disponible pour les entraînements de street workout de la salle et de laire dagrès entre 16 heures et 19 heures.
Financiers : 82 000
Matériels : Une dizaine dagrès de street workout.
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