Type d'action :
- Développement local rural
- Logement, Habitat
- Intégration
- Lutte contre l'exclusion sociale
- Accès aux droits
- Gouvernance, partenariats institutionnels
- Participation des habitants
- Bénévolat
Région : Limousin
Sur le vif :
« Le gros avantage de Peyrelevade est que le projet porté par la municipalité est accepté par la population locale et les associations qui veulent travailler avec nous, ce qui peut être très enrichissant ». La chef de service du CADA.
Porteur(s) de l'action :
Mairie de Peyrelevade
Objectif(s) et bref descriptif :
Afin de redynamiser le bourg et de ne pas laisser vacant les locaux de lancienne maison de retraite, la mairie de Peyrelevade, village rural de 800 habitants frappé de plein fouet par la désertification, a décidé douvrir un Centre daccueil de demandeurs dasile (CADA). Monté patiemment et en lien avec la population, par ailleurs largement mise à contribution pour favoriser lintégration des demandeurs dasile, ce projet est non seulement facteur de développement local grâce à ses retombées socio-économiques mais il contribue aussi à favoriser le vivre ensemble et à changer le regard porté sur les réfugiés.
Origine(s) :
Située dans le Limousin, sur le plateau de Millevaches, Peyrelevade est un petit village de 800 habitants victime, comme beaucoup, de lexode rural. Depuis 2011 lEtablissement dhébergement pour personnes âgées a déménagé pour des locaux plus modernes, laissant les anciens bâtiments inoccupés. Ces derniers ont été acquis par léquipe municipale, qui faute de pouvoir financer la destruction ou lentretien de bâtiments vides, souhaiterait les reconvertir dans un projet à la fois peu coûteux en investissements et facteur de développement territorial.
Après avoir un temps envisagé d'y installer des logements locatifs, projet qui ne pourra être mené à bout, le maire entend parler dun appel à projet lancé par le ministère de lintérieur pour créer 4.000 places supplémentaires daccueil temporaire de demandeurs dasile. Germe alors lidée douvrir un Centre daccueil de demandeurs dasile (CADA), une solution qui constituerait une opération blanche pour la commune. Le centre serait effectivement financé par des subventions et par le loyer que verserait l'association gestionnaire. De plus, en faisant ce choix Peyrelevade perpétuerait sa longue tradition daccueil : dans les années 80 et 90, le village avait déjà accueilli des réfugiés Cambodgiens et Kurdes. Les habitants en gardent un souvenir positif et continuent davoir des contacts avec ceux qui se sont installés dans la région, notamment à Limoges ou à Brive.
Afin détayer leur choix, une visite est organisée à Montmarault, dans lAllier. Le maire et ses adjoints y visitent le centre daccueil qui y est également implanté et rencontrent leurs pairs. Ce voyage, ainsi quun déplacement à Chambon-le-Château en Lozère, vont achever de les convaincre. Nombreux sont les facteurs qui confirment que la commune pourrait y trouver un véritable intérêt en termes de développement local : loccupation des bâtiments et donc la perception dun loyer, la création demplois, la scolarisation des enfants, les retombés socio-économiques pour le commerce local et celles en matière de dynamisation de la vie du village (participation aux animations, à la vie associative
). Quant aux possibles aspects négatifs, léquipe municipale est également rassurée par les témoignages des différents élus rencontrés.
Si La décision douvrir un CADA dans les locaux de lancienne maison de retraite est acquise auprès des élus, le maire souhaite également recueillir lavis des habitants. Le conseil municipal organise donc plusieurs réunions publiques dinformation. En août 2013, plus dune centaine dhabitants participent alors à la présentation du projet et de ses avantages. La majorité dentre eux soutien lidée, même si quelques personnes, notamment des propriétaires de maisons secondaires (40% des habitants de la commune), soulèvent des interrogations et manifestent leur inquiétude.
Près de deux ans sécoulent entre la première visite à Montmarault et louverture du CADA, durant lesquels les élus conduisent un travail de sensibilisation auprès des habitants qui savère payant. En août 2014, soutenu par la plupart de ses administrés le maire dépose un dossier pour répondre à lappel à projet. Cette démarche bien qu inhabituelle pour une commune, est validé en octobre de la même année.
Les travaux peuvent alors démarrer. Pour préparer le chantier, le maire invite par voie de courrier les habitants volontaires à venir laider à débarrasser les locaux de lancienne maison de retraite. Ils sont alors quelques dizaines à répondre présent pour participer à cette ébauche de Journée Citoyenne. Pour mener à bien les travaux de rénovation, terminés début 2015, la commune emprunte 1,2 millions deuros, qui sera remboursé par les aides de lEtat et les loyers perçus. En avril 2015, le CADA ouvre ses portes aux premiers demandeurs dasile.
Description détaillée :
La rénovation de ce bâtiment délaissé à lentrée du bourg permet de proposer sur 2.350 m2 et trois niveaux, 26 appartements avec cuisine et une buanderie collective à chaque étage. La diversité des logements proposés permet daccueillir des familles, des personnes isolées mais également des personnes à mobilité réduite. Tous sont équipés de lits, dun frigo et dune salle de bain. Lassociation Forum réfugiés Cosi, choisie par Peyrelevade, gère le centre qui accueille 60 hommes, femmes et enfants de 19 nationalités. Cest ici quils attendent, 18 mois en moyenne, quon leur accorde ou non le statut de réfugié.
Revitaliser la commune tout en favorisant lintégration des demandeurs dasile
Limpact socio-économique lié à louverture du CADA sest rapidement fait sentir sur la commune. La présence des réfugiés a en effet permis de maintenir plusieurs équipements locaux ou services publics, comme le bureau de poste qui a vu depuis leur arrivée sa fréquentation bondir de 30%.
La scolarisation de leurs enfants a également conduit au maintien dune classe menacée de fermeture. Des emplois ont été créés, celui de linstitutrice mais également ceux des 5 personnes, embauchés localement pour gérer le CADA. Enfin, le commerce local et la vie du village ont été redynamisés.
Les réfugiés sont en effet nombreux à sinvestir dans les associations locales, fautes de pouvoir légalement travailler le temps que ladministration régularise leur situation. Cest le cas de cet Ukrainien de Crimée : avant de fuir les conflits, il était décorateur de cinéma. A présent, il réalise bénévolement ceux du spectacle de lécole, ou le char du défilé du 15 août. Léquipe de foot vit elle aussi une seconde jeunesse. La mairie sefforce dailleurs de mettre les réfugiés en lien avec les associations en fonction de leur savoir faire. Un moyen de lutter contre leur isolement (même si le CADA dispose dun véhicule de service pour aider ses usagers à se déplacer) et de leur permettre de soccuper tout en se rendant utile.
Mobiliser les associations
La population participe également activement à l'accueil et lintégration de ces nouveaux arrivants : une association, « Les amis du CADA », est officiellement créée debut 2015 , à linitiative dune quarantaine dhabitants désireux de simpliquer aux côtés de la mairie et de lassociation gestionnaire, membres du conseil dadministration. Son objectif est de favoriser en lien étroit avec Forum réfugiés COSI, lintégration des 60 nouveaux arrivants, au travers déchanges entre les habitants et les résidents du CADA. Ils sont invités à partager des activités ou des dévènements, tels de laide à lapprentissage de la langue française, du soutien scolaire, des ateliers de cuisine, du covoiturage
.
Le CADA noccupant que 60% des locaux, le conseil municipal imagine par ailleurs un projet complémentaire pour les 40% restant. Lidée est dy regrouper des associations locales pour créer des passerelles et favoriser les liens avec les résidents du CADA. Les bureaux de lassociation énergie pour demain, une bibliothèque, une salle des fêtes, une nouvelle association liée au planning familial ainsi que quatre petits logements meublés pour le personnel remplaçant de la maison de retraite ou de la Fondation Chirac (près de 200 personnes au total travaillent sur les deux structures) y prennent place. Une conditions est toutefois posée par la mairie à leur implantation : quils fassent preuve de bienveillance à légard des résidents du CADA. Des financements du Conseil départemental, de la Région, de lEtat et du Fonds social européen permettent de faire les travaux pour mener à bien ce projet. Le pôle associatif a ouvert ses portes le 12 octobre 2015.
Une tradition d'accueil à l'épreuve - Magazine du plateau n°225, juin 2015 from Tele Millevaches on Vimeo.
Impact(s) :
- La revitalisation du village avec la création demplois, la conservation dune classe qui devait fermer, la préservation de la poste, la redynamisation des associations locales, les retombées économiques (modestes) sur le commerce local.
- Mobilisation de la population pour favoriser lintégration des demandeurs dasile.
- Création de liens entre habitants et réfugiés.
- Changement du regard porté sur les demandeurs dasile.
Partenaire(s) :
Forum réfugiés COSI, association « Les amis du CADA », Conseil Départemental.
Moyens :
Financiers :
Laccueil des réfugiés et la mobilisation des habitants ne représente quun coût limité pour la commune : le temps passé et le peu de matériel prêté. Ce sont les services de lEtat et des associations qui se chargent de lessentiel de leffort.
Linvestissement de 1,2 millions deuros visant à rénover le bâtiment accueillant le CADA est entièrement remboursé par les aides de lEtat et les loyers perçus.
Humains :
3,5 ETP, embauchés par lAssociation Forum réfugiés Cosi assurent laccompagnement médico-social des demandeurs dasile : une chef de service, deux travailleurs sociaux, un agent social hôtelier et une secrétaire qui ont eu une formation de lassociation Forum. Tous ont été recrutés localement.
Lintégration des résidents est quant à elle assurée par des bénévoles du village et des associations locales.
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