| Agathe-Martine Cotto : « faire dialoguer des publics différents, pour les aider à se comprendre » |
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Pendant 50 ans, Agathe-Martine et Henri Cotto ont fait rimer culture et lien social. Lui, chanteur lyrique au conservatoire de Marseille, a dédié sa vie à promouvoir lOpéra auprès du grand public. Elle, issue du monde du théâtre, écrit des contes pour les enfants hospitalisés dans le cadre de son association « Le Conte en scène ». En 2015, Agathe-Martine Cotto et son association donnent vie au projet ambitieux de son mari, Henri Cotto, décédé lannée précédente : créer et mettre en scène un Opéra avec et pour les habitants de la Ville dAubagne afin de désacraliser lart lyrique et de rassembler habitants et professionnels de la culture autour dun projet commun. Apriles : Depuis des années à Aubagne, vous tentez de rapprocher de la culture les populations qui en sont le plus éloignées. Expliquez-nous. Agathe-Martine Cotto : Depuis toujours, mon mari et moi avons travaillé à créer du lien social autour de la culture, en particulier de la musique et du théâtre. Durant toutes ces années nous avons uvré à démocratiser la musique classique, la littérature et lhistoire trop souvent cantonnées à une élite. Aubagne est historiquement une commune très ouvrière où la culture avait peu de prise sur une population touchée par des difficultés professionnelles et familiales. Henri était lui même issu dun milieu défavorisé qui sintéressait peu à la culture et ne comprenait pas quelle permet de sélever. 50 ans après, beaucoup de personnes pensent encore que la musique classique nest pas faite pour eux. Nous voulions casser cette idée. Nous voulions que des gens qui nont jamais chanté, jamais joué au théâtre, sautent le pas. Cétait notre crédo. Apriles : Vous avez donc décidé de monter un opéra avec les habitants A-M. C. : Avant de mourir, mon mari avait préparé une transcription de lopéra Mireille quil voulait mettre en scène avec la participation des habitants dAubagne. Lidée était dadapter cet opéra difficile pour le rendre accessible à tous, avec la volonté de faire connaître lart lyrique au plus grand nombre. Nous avons donc réduit sa durée et avons fait une version, non seulement chantée, mais aussi dansée, mise en images et contée par de jeunes conteurs. Après sa mort, avec les bénévoles de lassociation « Le Conte en scène », dont je suis présidente, nous avons décidé de poursuivre ce projet ambitieux : un opéra par les Aubagnais et pour les Aubagnais. Le résultat a été au-delà de nos attentes. 174 personnes ont répondu présentes pour contribuer à ce projet: cétait une vraie ruche ! Avant la représentation, sur le parvis devant la salle de concert, des groupes folkloriques aubagnais ont présenté un spectacle autour des thématiques abordées par lopéra Mireille : deux compagnies provençales ont monté des mas de cocagnes pour faire la danse des rubans, les chevaux dune manade de la région ont donné une prestation, puis des dizaines dhabitants, âgés de 5 à 82 ans ont présenté des danses régionales. Au total, ils étaient près dune centaine à participer à ce pré-spectacle qui sest conclu par un cortège de musiciens accompagnant les spectateurs dans la salle. Ensuite, lOpéra a réuni 46 choristes amateurs, 10 solistes professionnels et amateurs, 30 musiciens professionnels pour la moitié et amateurs pour le reste, ainsi que deux danseurs classique. Le projet a ainsi rassemblé quatre générations dAubagnais, amateurs et professionnels. Et léchange a été exceptionnel. Apriles : Comment avez-vous réussi à mobiliser autant de monde autour de ce projet et notamment des personnes peu intéressées au départ par lopéra ? A-M. C. : Nous avons été beaucoup soutenus. Par notre entourage dabord, puisque les amis de lopéra de mon mari, danseurs, chanteurs et musiciens, se sont mobilisés pour accompagner bénévolement les non professionnels. Laction a également compté avec le soutien de la Ville dAubagne qui nous a prêté une salle et de la fondation SNCF qui soutient les projets intergénérationnels. Pour mobiliser les habitants, je me suis appuyée sur le réseau que nous avons bâti avec mon mari depuis 50 ans. Jai donc fait appel aux nombreuses associations culturelles et sportives dAubagne qui ont répondu aux trois quarts présent. Par ce biais, jai pu rencontrer de nombreux Aubagnais de tous âges et de tous milieux sociaux pour leur proposer de participer à cette aventure en étant chanteurs, danseurs, musiciens ou simples spectateurs. Bien sûr, tous nont pas adhéré au premier coup. Ça na pas été facile au départ car nombre dentre eux étaient dubitatifs. Il a fallu leur expliquer à travers des réunions dinformation en présence des chanteurs de lopéra. Ils ont pu parler ensemble, nous leur avons présenté des vidéos, leur avons expliqué pourquoi le choix de Mireille. Au final, il y a eu un tel élan que même six mois après, jen ai encore les larmes aux yeux. Apriles : Cette mobilisation sest dailleurs faite dans un souci dy introduire une forte dimension intergénérationnelle A-M. C. : En effet. Nous avons toujours eu à cur de faire se rencontrer et dialoguer des publics différents, pour les aider à se comprendre. Il en va de même pour les différentes générations. Pour Mireille, nous sommes donc allés dans les collèges et lycées pour expliquer le spectacle aux jeunes. Nous avons dialogué avec les enfants autour de cette histoire dun père riche qui veut marier sa fille. Nous voulions que le thème leur parle, quil face résonnance. Je pense que ça a marché : au total, 75 jeunes ont participé au spectacle, en plus des 40 enfants qui ont chanté lhymne provençal. Par ailleurs, nous avons fait appel aux élèves de lécole de limage dAubagne qui ont travaillé sur un grand mur dimage qui était en fond de scène. Pour mobiliser les populations plus âgées, nous nous sommes appuyés sur les maisons de quartier, qui proposent des activités aux retraités à partir de 55 ans. Jai pris mon bâton de pèlerin pour aller leur expliquer le projet. Cela a amené nombre dêtre eux à participer au spectacle ou à venir le voir. Apriles : Professionnels et amateurs ont donc travaillé ensemble pour construire le spectacle ? A-M. C. : Ça a été une aventure extraordinaire et très motivante. Un spectacle qui se prépare normalement en neuf mois a été monté en trois mois et demi par des gens qui ne connaissaient ni la musique ni lopéra, encadrés par des professionnels de renom. Les choristes amateurs ont été accompagnés par les chanteurs lyriques de lopéra de Marseille, tandis que des musiciens professionnels ont encadré les musiciens amateurs. Les répétitions avaient lieu dans mon petit jardin ou dans mon appartement, les réunions densemble dans une salle prêtée par la mairie dAubagne. Nous travaillons tous ensemble et partagions nos repas. Cétait vraiment incroyable et très convivial.Apriles : Quest ce que cela a apporté aux uns et aux autres ? A-M. C. : Des personnes qui nimaginaient pas pouvoir un jour se produire sur scène pour un opéra ont présenté un spectacle fabuleux. Cétait une représentation digne de professionnels. Personne naurait pu dire que, quatre mois auparavant, ces personnes navaient jamais posé un pied sur scène. Quant aux artistes, ils on été ravis de pouvoir travailler avec des publics quils ne rencontrent normalement pas et de pouvoir leur faire aimer leur travail et les accompagner dans la mise en place dun projet artistique. Apriles : Et à vous, que vous a apporté cette expérience ? A-M. C. : Cest une grande joie et un vrai succès. 500 personnes sont venues voir le spectacle. Parmi elles, il y avait toutes les couches de population. Il y avait ceux qui connaissent lopéra et voulaient voir ce quon avait fait de « leur » Mireille. Puis ceux qui ny connaissaient pas grand chose et qui étaient réticents au départ, mais qui après le spectacle ont fini par trouver que lopéra cétait finalement accessible. On a donc fait la preuve, une fois de plus, quon peut amener vers lopéra des publics qui en sont éloignés. Certains dentre eux sont même venus nous voir plus tard pour nous demander quels opéras nous leur conseillons daller voir. Pour moi cétait une victoire. Nous avions réussi à leur donner envie. Apriles : Laventure « Mireille » va-t-elle avoir un prolongement ? A-M. C. : Oui, ce qui me motive cest de pouvoir faire participer le maximum de personnes, de tout âge et tout milieu social, autour de quelque chose « dintelligent » et qui concerne notre Provence. Cest le sens de notre prochain projet : pendant une semaine, nous allons faire revivre Aubagne à lépoque de la renaissance. Pendant 14 mois, 200 personnes, habitants dAubagne et professionnels, vont travailler sur ce thème. Il sagira par le spectacle de théâtre et de musiques anciennes de faire connaître cette partie de lhistoire dAubagne à ces habitants. Toutes les associations, les écoles, les lycées, les maisons de quartiers, etc, vont également être mobilisées. Il y aura des danseurs, des musiciens, des chanteurs, les associations de cape et dépée Pour un grand spectacle par les Aubagnais, pour les Aubagnais où lon va mêler culture et faits historiques.
Propos recueillis par Ségolène Dary et Joachim Reynard
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Pendant 50 ans, Agathe-Martine et Henri Cotto ont fait rimer culture et lien social. Lui, chanteur lyrique au conservatoire de Marseille, a dédié sa vie à promouvoir lOpéra auprès du grand public. Elle, issue du monde du théâtre, écrit des contes pour les enfants hospitalisés dans le cadre de son association « Le Conte en scène ». En 2015, Agathe-Martine Cotto et son association donnent vie au projet ambitieux de son mari, Henri Cotto, décédé lannée précédente : créer et mettre en scène un Opéra avec et pour les habitants de la Ville dAubagne afin de désacraliser lart lyrique et de rassembler habitants et professionnels de la culture autour dun projet commun.
Le résultat a été au-delà de nos attentes. 174 personnes ont répondu présentes pour contribuer à ce projet: cétait une vraie ruche ! Avant la représentation, sur le parvis devant la salle de concert, des groupes folkloriques aubagnais ont présenté un spectacle autour des thématiques abordées par lopéra Mireille : deux compagnies provençales ont monté des mas de cocagnes pour faire la danse des rubans, les chevaux dune manade de la région ont donné une prestation, puis des dizaines dhabitants, âgés de 5 à 82 ans ont présenté des danses régionales. Au total, ils étaient près dune centaine à participer à ce pré-spectacle qui sest conclu par un cortège de musiciens accompagnant les spectateurs dans la salle.
A-M. C. : En effet. Nous avons toujours eu à cur de faire se rencontrer et dialoguer des publics différents, pour les aider à se comprendre. Il en va de même pour les différentes générations. Pour Mireille, nous sommes donc allés dans les collèges et lycées pour expliquer le spectacle aux jeunes. Nous avons dialogué avec les enfants autour de cette histoire dun père riche qui veut marier sa fille. Nous voulions que le thème leur parle, quil face résonnance. Je pense que ça a marché : au total, 75 jeunes ont participé au spectacle, en plus des 40 enfants qui ont chanté lhymne provençal. Par ailleurs, nous avons fait appel aux élèves de lécole de limage dAubagne qui ont travaillé sur un grand mur dimage qui était en fond de scène.
A-M. C. : Ça a été une aventure extraordinaire et très motivante. Un spectacle qui se prépare normalement en neuf mois a été monté en trois mois et demi par des gens qui ne connaissaient ni la musique ni lopéra, encadrés par des professionnels de renom. Les choristes amateurs ont été accompagnés par les chanteurs lyriques de lopéra de Marseille, tandis que des musiciens professionnels ont encadré les musiciens amateurs. Les répétitions avaient lieu dans mon petit jardin ou dans mon appartement, les réunions densemble dans une salle prêtée par la mairie dAubagne. Nous travaillons tous ensemble et partagions nos repas. Cétait vraiment incroyable et très convivial.
