Haut fonctionnaire au Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET), passé par la préfectorale et les collectivités territoriales, Thierry du Bouëtiez a régulièrement rencontré et accompagné entrepreneurs créatifs et porteurs dactions innovantes, constatant régulièrement les difficultés rencontrées par ces derniers du fait des cloisonnements et des blocages administratifs. Des obstacles quil tente de surmonter à travers la mise en relation des acteurs. Ainsi, après avoir créée à titre personnel Raid emploi et Groupie, deux réseaux du secteur de lemploi et de linsertion visant à décloisonner le monde économique et celui du social, il sattaque aujourdhui à un objectif plus ambitieux : faire collaborer tous les acteurs des territoires. En février 2014, il fonde le GNIAC (Groupement National des initiatives et des acteurs citoyens). Lidée : réunir des acteurs opérationnels dorigines professionnelles diversifiées engagés à titre personnel pour promouvoir les initiatives porteuses de changements positifs. Mais aussi, accompagner ces initiatives et proposer des pistes de changements administratifs et politiques pour favoriser linnovation.
Apriles : Pourquoi avoir créé GNIAC ?
Thierry Du Bouetiez : Aux différents postes que jai occupé, jai toujours fait le même constat : de multiples initiatives citoyennes innovantes sont peu prises en compte dans la conception des dispositifs mis en place par les pouvoirs publics. La sphère politico administrative fonctionne le plus souvent en circuit fermé, sans faire appel aux acteurs de terrain. Mon expérience au cabinet de François Lamy, alors ministre de la ville, ma fait constater le décalage entre la réalité des entrepreneurs de quartier, des associations, des entreprises qui simpliquaient sur leur territoire et les réformes proposées au niveau national. Il y a une véritable déconnection entre ladministration, les blocages quelle génère et le bouillonnement dinitiatives sur le terrain.
Dautre part, les acteurs de terrain et innovateurs sont également cloisonnés par type de domaine ou dactivité professionnelle ou associative. Doù une déperdition dénergie et de compétences qui freine le développement des initiatives.
Alors, comme je ne pouvais pas réformer ladministration, jai voulu mettre en relation les « gens qui font » : entre eux, et avec les décideurs. Lobjectif étant de réunir les gens qui font vivre les territoires autour de toutes les problématiques : économique, sociale, environnementale, citoyenne
Apriles : comment GNIAC tente de dépasser ces écueils ?
Thierry du Bouëtiez : Le réseau regroupe des acteurs engagés à titre personnel. Cet aspect est fondamental puisquil permet de nous libérer du carcan institutionnel dans lequel nous sommes tous enfermés, que ce soit dans ladministration, les entreprises ou les grandes associations. A GNIAC, chacun ne représente que lui-même. On y trouve des responsables associatifs et économiques, des entrepreneurs sociaux, des fonctionnaires d'Etat et territoriaux, des retraités, des journalistes
Certains sont porteurs de projets ou dinitiatives innovantes avec un fort potentiel dimpact social. Dautres travaillent dans des réseaux, fondations, services publics ou entreprises recensant ou soutenant ces initiatives. Cette diversité dorigine est lun des principes fondamentaux de GNIAC. Elle permet aux gens de ces différents milieux de se découvrir, de se rencontrer et de voir comment ils peuvent aller plus loin en laissant tomber leurs costumes habituels. Cela permet de se libérer, de fluidifier et dêtre un peu moins bêtes collectivement. Ça ne remplace pas les politiques et les réformes, mais ça facilite le changement.
Apriles : Concrètement, que fait GNIAC pour faire bouger les lignes ?
Thierry du Bouëtiez : Dabord, le simple fait dêtre dans un réseau dont les membres, dorigines diversifiées, se réunissent régulièrement, donne du souffle et des idées nouvelles. Ensuite, le système est basé sur une fiche de compétence que chacun renseigne et qui est diffusée à tout le réseau. Donc chaque personne à potentiellement de nombreux contacts et peut repérer les compétences de chacun, mais aussi les initiatives, ceux qui les portent et ceux qui les soutiennent. Ainsi, quelquun qui souhaite faire avancer son projet peut puiser dans ce réservoir de compétences et dinitiatives pour voir qui peut laider.
Ensuite, nous agissons dans plusieurs directions. Dabord, nous accompagnons les porteurs dinitiatives en nous appuyant sur la mobilisation des compétences disponibles dans le réseau. La Gniac box, notre base de données, réunit les savoirs faire de chacun et permet une recherche par mots clés afin de repérer les compétences transversales (gestion, marketing, RH
), les compétences thématiques (emploi, santé, logement, action sociale, citoyenneté, environnement
) et les initiatives.
Cependant, le but nest pas de refaire ce qui existe déjà : si les fiches descriptives de ces compétences existent déjà ailleurs, comme par exemple chez Apriles, nous feront un lien vers celles-ci.
Par ailleurs, nous sommes en train de mettre en place ce que lon appelle le Groupe dappui aux initiatives (GAIN) qui, pour dépasser les freins que rencontrent certaines actions (lourdeur et lenteur des procédures, cloisonnement des opérateurs
), mobilise des personnes ressources identifiées dans ou hors du réseau pour soutenir les porteurs de projets pertinents qui en font la demande. Le but étant de décoincer les choses à travers plusieurs réunions.
Nous essayons aussi de valoriser au maximum les initiatives en utilisant notre site internet, Twitter, Facebook
Nous prévoyons, par ailleurs, dorganiser des évènements, des auditions publiques, des rencontres avec la presse pour faire connaître les initiatives existantes.
Enfin, cest un point central également, nous essayons de comprendre pourquoi certaines initiatives ont besoin de notre accompagnement pour dépasser freins et blocages. Nous avons donc crée un groupe appelé Gniac Pro dans lequel on va analyser les problématiques posées par les initiatives des membres du réseau, afin didentifier la nature de leurs problèmes et de proposer, dici mi-2015, des pistes dévolution et de simplification des dispositifs qui seront présentées à la presse et aux pouvoirs publics dans quelques mois.
Apriles : Comment adhère-t-on au réseau ?
Thierry du Bouëtiez : Il ne sagit pas dun mouvement de masse de type citoyen comme pourraient lêtre les Zèbres, mais plutôt de réunir des gens motivés avec de bonnes compétences. Pour linstant, les adhésions se font plutôt par contact et cooptation et sont agréées par le président ou le vice-président. Cependant, maintenant que nous disposons dune base de compétences solides, nous allons commencer à agréger des gens qui ont un peu moins de compétences mais qui ont envie den acquérir et sont motivés.
Apriles : Quel développement visez-vous pour GNIAC?
Thierry du Bouëtiez : Aujourdhui, nous avons un flux régulier dadhésions, essentiellement issues de lIle-de-France, mais aussi dune trentaine de départements de province. Notre objectif est désormais de développer des groupes locaux. Puisque les projets se font sur le terrain, lidée serait quil y ait un groupe dau moins une quinzaine de personnes dans chaque département de manière à ce que les différents acteurs de terrain du département trouvent un lieu pour exposer leurs problèmes et faciliter les liaisons : une sorte de fluidificateur des partenariats.
Nous souhaitons, par ailleurs, intégrer de nouvelles compétences, par exemple dans les domaines du logement, de la santé ou de la culture, de façon à avoir le plus large panel possible en matière économique, sociale, administrative et environnementale.
Propos recueillis par Joachim Reynard
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