| Jacques Quantin : «Les citoyens doivent se réapproprier la production dénergie sur leur territoire» |
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Jacques Quantin a fondé en 2005 le cabinet Confluences qui accompagne les collectivités locales dans le cadre des projets énergétiques et notamment éoliens. Spécialiste en médiation environnementale et en animation des processus participatifs, il milite également au sein de lassociation Energie Partagée en faveur du développement de projets citoyens et publics de production dénergie renouvelable et defficacité énergétique. Où en sommes-nous en France sur ces questions ? Le point, avec un spécialiste.Apriles: En quelques mots, quels sont les enjeux et les différentes étapes dimplantation dun projet éolien sur un territoire ? Jacques Quantin : Au niveau national, il sagit dabord de produire de lélectricité dorigine renouvelable et de contribuer ainsi à diversifier notre bouquet énergétique. Pour les collectivités locales, lenjeu est également financier puisque les investissements réalisés induisent des retombées fiscales annuelles (environ entre 16 et 20000 euros par éolienne), qui sont réparties entre plusieurs collectivités. La plupart des parcs en fonctionnement sont composés dau moins 5 machines. Classiquement, ces projets sont développés par des opérateurs privés qui vont au préalable identifier les sites potentiels en se basant notamment sur les Schémas Régionaux de lEolien, annexe des Schémas Régionaux Climat-Air-Energie. Une fois la maîtrise foncière assurée et avec le soutien des élus, les développeurs financent et coordonnent les études qui vont permettre de constituer un dossier de demande dautorisation dexploiter qui est instruit par les services de lEtat. Lorsque les différentes autorisations sont acquises, lopérateur privé va soit investir lui-même, soit vendre les autorisations obtenues à un autre investisseur. Ces projets daménagement doivent faire lobjet dune diffusion dinformation auprès du public et dune consultation à loccasion dune enquête publique réglementaire. Dans les faits, à ce stade, le projet est ficelé. Cest un simple avis qui est demandé Apriles : Est-ce suffisant ? J.Q. : Pas vraiment non. Les projets éoliens sont des opérations daménagement complexes et il est possible de trouver une multitude dinformations contradictoires sur Internet. Ainsi, dès lannonce dun projet, il est essentiel de rassurer, de répondre efficacement aux interrogations que cela ne va pas manquer de susciter. Si rien nest fait, le risque est grand de voir naître une opposition plus ou moins structurée, nuisible au climat social puisque susceptible daltérer les relations entre habitants. En effet, les sujets conflictuels ne manquent pas dans léolien : lévolution paysagère, les nuisances sonores, la dévalorisation immobilière, limpact sur la biodiversité en sont quelques exemples Le manque dancrage local constitue aussi souvent une critique forte à légard des projets. Enfin, si certaines réactions dopposition sont compréhensibles au regard du contexte, force est de constater que nombre dentre elles relèvent de la défense dintérêts particuliers. Apriles : Que peuvent faire les collectivités pour éviter cela ? J.Q. : Elles ne pourront peut-être pas toujours éviter le conflit mais elles peuvent le canaliser, en créant des espaces de débat. Les collectivités sont en mesure dengager une concertation sur les modalités de mise en uvre du projet, dès le début de la phase de développement. Cette participation au suivi de létude dimpact environnemental, à lexamen des résultats, permet dassocier les acteurs locaux à lélaboration du projet. Ils ne sont plus dès lors dans une position de spectateurs mais dacteurs de lévolution de leur territoire. Lappropriation et lacceptation sen trouve bien sûr renforcée. Si la concertation est un moyen de tendre vers un consensus le plus large possible, elle ne permettra pas déviter que des oppositions sexpriment ponctuellement, mais cette fois dans un cadre déchange déterminé par les élus. Enfin, ces échanges initiés sur léolien peuvent aussi susciter lélargissement de la réflexion sur lavenir des territoires ou à dautres problématiques énergétiques, et encourager par exemple les collectivités à initier des Plans Climat Energie Territorial (PCET). Apriles : Il existe également des formes plus élaborés de participation locales qui permettent aux territoires de recueillir les fruits de ces projets. J.Q. : Quel que soit le projet économique considéré, les dividendes bénéficient à ceux qui investissent, classiquement dans le cas de léolien, à des acteurs exogènes au territoire. Les collectivités peuvent pourtant se positionner pour investir et augmenter les retombées économiques locales (entre 25 et 50000 euros par an et par éolienne), au-delà des simples recettes fiscales. Ces ressources nouvelles peuvent alors permettre aux élus dengager des actions de maîtrise de lénergie dans les bâtiments publics ou de lutte contre la précarité énergétique, par exemple en travaillant avec les bailleurs à une meilleure isolation du bâti. A limage de ce qui se passe en Allemagne, les citoyens peuvent également simpliquer dans le financement de ce type de projet. Au Danemark, les développeurs privés sont soumis à lobligation réglementaire doffrir aux habitants, dans un rayon de 5 km autour du projet, la possibilité de participer au financement. En France, de plus en plus de projets financés de cette manière voient le jour. La participation locale, publique et citoyenne, est un critère déterminant pour réussir la transition énergétique au sein des territoires. Apriles : Cest le cas en Bretagne, à Béganne, à côté de Redon. De quoi sagit-il ? J.Q : Cest le premier projet éolien français détenu majoritairement par les citoyens et citoyennes dun territoire. Il concilie dès lors la production d'énergie renouvelable à base du vent, ressource locale, et la réappropriation de la question de l'énergie par les citoyens. Le chantier de construction des 4 éoliennes du parc éolien citoyen de Béganne dans le Morbihan (Bretagne Sud, dans le Pays de Redon) a démarré il y a un an. Inauguré en juin, le parc produira dès 2014 de l'énergie propre et locale pour environ 8 000 foyers (hors chauffage), à lissue dun processus de développement et dune mobilisation qui auront duré plus de 10 ans. Cest lassociation Éoliennes en Pays de Vilaine qui a initié ce projet en 2003. Il implique aujourdhui plusieurs centaine de citoyens, qui ont contribué à réunir les fonds propres permettant dengager un investissement de 12 millions dEuros. Une société, Begawatts, a été créée pour assurer l'exploitation du parc. Elle fonctionne sur un modèle coopératif. Les actionnaires sont des citoyens locaux réunis dans des clubs dinvestisseurs, des acteurs de l'économie sociale et solidaire, une société d'investissement dans les énergies renouvelables initiée par la Région Bretagne et le fonds dinvestissement Energie Partagée. Ce projet qui est très bien accepté par la population montre limportance de renforcer la participation locale en termes de concertation et dinvestissement au bénéfice dun territoire et de ses habitants. Propos recueilli par Sébastien Poulet-Goffard
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