| Saïd Hammouche, fondateur de Mozaïk RH - « La société civile a le droit à linitiative » |
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Jeune entrepreneur citoyen, Saïd Hammouche a créé Mozaïk RH, un cabinet de recrutement mettant en lien jeune des quartiers diplômés du secondaire et recruteurs. Fervent défenseur du droit à linitiative et de la promotion des bonnes pratiques, il a su faire de son engagement citoyen une entreprise florissante. Preuve une fois de plus du potentiel de léconomie sociale et solidaire. Apriles : Quest ce qui a présidé à la création de Mozaïk RH ? Saïd Hammouche : Cela sest manifesté par une volonté individuelle de citoyen dagir sur un sujet qui relève dune cause nationale : le chômage dans les quartiers. Une problématique due aux inégalités, à la discrimination à lembauche, mais aussi à lincompréhension des différentes parties prenantes : lincompréhension des candidats par rapport à ce que lon attend deux sur le marché de lemploi et leur mauvaise connaissance des opportunités ; mais aussi la mauvaise interprétation des recruteurs qui ont une position assez négative nourrie par de nombreux aprioris (lidée que les candidats des quartiers nont pas envie de se réveiller le matin, que ce sont des éléments perturbateurs, quils habitent trop loin, que la diversité est difficile à gérer ). Des freins difficiles à surmonter auxquels sajoutent des logiques de réseau qui ne bénéficient pas aux jeunes diplômés des quartiers. Mozaïk RH, cest donc un groupe de copains qui avait envie de prendre ses responsabilités sur ce sujet. De fil en aiguille nous avons expérimenté une mise en place pragmatique. Lidée étant de dire quil y a dun côté des jeunes de qualité à la recherche dun emploi, et de lautre des recruteurs ayant des besoins. Au départ nous ne pensions pas monter un cabinet de recrutement, mais nous nous sommes rendu compte quil nexistait rien de ce type pour les jeunes diplômés des quartiers. Nous avons donc décidé doccuper lespace en créant notre propre cabinet en janvier 2008, financé par sa propre activité. Comment fonctionne Mozaïk RH ? S.H. : Ça ne sert à rien de recevoir des publics et de leur promettre la lune si on na pas des postes concrets à leur proposer. Notre approche consiste donc à démarcher des entrepreneurs en phase de recrutement qui pourraient être intéressés par louverture de leur processus de recrutement vers de nouveaux vivier et de leur proposer nos prestations, que nous leur facturons. Nous travaillons sur des postes de haut niveau (de cadre ou de cadre supérieur) car nous voulons permettre à des enfants douvrier daccéder à des postes à responsabilité. Pas parce que ça fait beau sur le papier, mais parce que cest le phénomène classique dévolution des classes sociales. Quand on a fait des études supérieures, il ny a pas de raison pour que lon travaille à la chaîne. Nous présentons donc les meilleurs candidats au regard des critères qui nous sont demandés, car nous ne voulons plus avoir à entendre quil ny a pas de gens de qualité en banlieue. Comment êtes vous reçus par les entreprises ? Vous faites un travail de déconstruction des aprioris ? S.H. : Il ny a pas beaucoup de contre-discours par rapport aux préjugés négatifs véhiculés sur les jeunes des quartiers. Il nexiste pas aujourdhui dambassadeur sur ce sujet. La déconstruction des aprioris, est donc pour nous le nerf de la guerre. Notre approche permet de constituer des zones de dialogue intéressantes car cest une manière de questionner ces entreprises pour comprendre pourquoi elles ne recrutent pas dans les quartiers. Cependant, nous avons fait le pari de ne surtout pas condamner les recruteurs mais plutôt dessayer de leur faire prendre conscience quils passent à côté dopportunités lorsquils ne recrutent pas dans les quartiers. Du coup, nous allons dabord vers des entreprises qui sont déjà ouvertes sur ces sujets, comme celles qui ont signé des chartes (diversité, territoire, quartier ) et qui cherchent des solutions. Cest avec celles-ci quil est plus facile davancer. Selon Christian Nibourel, le PDG France dAccenture, « une entreprise ne peut pas se développer si son ecosystème est malade ». En tant que patron, il estime quil a une responsabilité, quil doit simpliquer sur le territoire pour pouvoir créer de la valeur et sortir tout le monde par le haut. Et cest exactement lidée sur laquelle nous sommes. Quels sont les impacts de cette méthode ? S.H. : Entre 2008 et 2013, à un moment où il ny avait pas de relations entre les candidats des quartiers et les recruteurs, qui plus est en pleine crise économique, cette méthode nous a permis de créer 10 000 entretiens de recrutement pour aboutir à 2500 contrats signés. Des contrats de travail classiques ou en alternance. De niveau bac + 3, 4 ou 5, les contrats en alternance sont pour nous importants car ils permettent à des jeunes daccéder à des écoles dingénieur ou de commerce. Cest un très bon levier pour les insérer. Le cabinet McKinsey à fait une étude sur limpact économique que nous pourrions avoir. Ils se sont rendu compte que si le service « dagence de recrutement » était généralisé à lensemble des jeunes diplômés de France, cela permettrait à la collectivité déconomiser de 13 à 14 millions deuros chaque année. Ainsi, non seulement cest un service qui sautofinance mais en plus il permet de faire faire des économies à la collectivité. Etes-vous accompagnées par les institutions ? S.H. : Pas suffisament, notamment sur les aspects d'essaimage. Jai eu loccasion de présenter ce travail au Président de la république et à plusieurs ministres qui ont montré un véritable intérêt, notamment du côté du ministère délégué en charge de léconomie sociale et solidaire. Le président de la région IDF a aussi été directement sensibilisé. Ils ont vraiment envie de faire bouger les lignes mais les lourdeurs et les cloisonnements institutionnels gagnent la cause. Sur le plan changement du systémique, nous avons finalement plus de facilités à organiser des actions concrètes avec des entreprises privées, qui de prime abord étaient plutôt réticentes, plutôt quavec la puissance publique. Mais mon intention nest pas dêtre dans la critique. Ce qui est important, cest de pourvoir aider à la généralisation des bonnes pratiques lorsquelles permettent des impacts économiques et sociaux. Il faut donc tous se mettre autour de la table pour trouver le moyen davoir le plus dimpact social à terme et de permettre la prise en compte par la technostructure politico-administrative de la richesse des initiatives et des acteurs locaux. Comment voyez-vous lavenir ? Pensez-vous que lapproche de Mozaïk RH soit généralisable ? S.H. : La société civile a le droit à linitiative, malheureusement on a du mal à faire reconnaître ce droit. Je pense que nous avons mis le doigt sur un service qui nexistait pas en France et quil y a un gros potentiel dévolution. Aujourdhui, tous les outils du service public de lemploi sont orientés vers les besoins du candidat : on le reçoit, on laccompagne Mais à aucun moment on fait le travail de prospection des entreprises qui permettrait daller chercher les postes là où ils sont, afin didentifier ensuite les candidats qui correspondent. Pourtant, au final, cest lentreprise qui signe le contrat de travail. Si on nest pas dans léchange, dans la construction avec les entrepreneurs et les recruteurs, ça ne peut pas marcher. Notre travail est donc finalement très complémentaire de ce que fait le service public de lemploi. Je pense donc quil faut doter le service public de lemploi dun réseau national dagence de recrutement. Et celui-ci doit résider dans les territoires les plus fragiles puisque cest là quil faut agir en priorité. Notre méthode peut être généralisée sur lensemble du territoire national. Sur le plan du financement, nous défendons aujourdhui la possibilité de créer une fondation afin de financer cette bonne pratique. Car ce nest pas seulement à lEtat de payer mais aux entreprises, puisque nous rendons un service sur-mesure. Ainsi, si on arrive à embarquer dix entreprises qui deviendraient de grands mécènes, cela permettrait douvrir dix agences. Chaque agence, sponsorisée par une entreprise, pourrait alors placer entre 200 et 300 candidats dès la première année. Mais ces agences de recrutement, ce nest pas seulement à Mozaïk RH de les mettre en place, mais aux pouvoirs publics en lien avec les entreprises. Le but pour nous nest pas dêtre propriétaires dune méthode qui relève de lintérêt général. Propos recueillis par Joachim Reynard Credit photo © ADN
En savoir plus
>> Consulter le site de Mozaik RH. >> Lire le rapport du cabinet McKinsey sur limpact économique de Mozaik RH. |
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