| Vincent Hagenbach : « Faire évoluer la société implique une prise de risque » |
|
|
|
|
Presquaucun média nen parle. Cest pourtant un rendez-vous extraordinaire et revigorant qui se produit chaque année en Alsace au plus grand bénéfice du vivre ensemble : chaque année des centaines dhabitants bénévoles se mobilisent pour rénover ensemble les équipements collectifs de leurs communes. Dans le sillage de Berrwiller à lorigine de la démarche, ce sont désormais une vingtaine de communes alsaciennes qui organisent une journée citoyenne durant laquelle la majorité des habitants et les entreprises locales se mobilisent. Des signes encourageants dune véritable reconstruction du lien engagée par les édiles locaux parmi lesquels Vincent Hagenbach, maire de Richwiller. Entretien. Apriles : Nées en 2008 dans une petite ville d'Alsace, les Journées Citoyennes ont mobilisé en 2013 3500 personnes d'une vingtaine de communes de l'agglomération de Mulhouse (consultez la fiche Apriles sur le sujet). Comment expliquez-vous ce succès ? Est-ce lié à lesprit alsacien ou cela résulte t-il dune bonne équipe attachée à rétablir la République dans ses perspectives ? Vincent Hagenbach : On a toujours une image des Alsaciens comme étant des gens très organisés mais je ne pense pas que le caractère Alsacien soit lié au succès de la démarche. Fabian Jordan (NDLR : le maire de Berrwiller qui a créé la première journée citoyenne) a réussi quelque chose dexceptionnel qui s'enracine sur l'agglomération de Mulhouse, mais nous espérons que cela s'élargisse à d'autres villes dans d'autres régions. L'élan est à mon avis voué à se développer à tout le territoire Français. En revanche, ce qui a été déterminant ici, c'est l'équipe d'élus avec qui nous travaillons à l'organisation de ces journées. On dit souvent quil ny a pas damis en politique, je peux vous dire que cest faux. Ceux dont je parle sont bien plus que des collègues ils s'engagent fortement au service d'une vision partagée par la population. Ils ont senti comme moi que les habitants ont besoin de se retrouver lors de moments partagés qui font sens pour le vivre-ensemble, au-delà des fêtes nationales ou religieuses. Sur ma commune de 3500 habitants, nous étions 220 lors de la première année en 2010, 420 en 2011, 500 en 2012, et plus de 500 en 2013... Apriles : Mais, n'y a-t-il pas tout de même un risque à se lancer dans une telle aventure ? Avez-vous, à un moment, pensé que la réglementation pourrait vous empêcher de faire cette Journée Citoyenne ? V.H. : Vous voulez que je vous réponde franchement ? Je men fiche de la réglementation sur des enjeux comme ceux-là. Dedans, ou hors les clous, je laurais fait quand même. Comme la commune de Berrwiller à lorigine de ces Journées, nous nous sommes couverts en termes dassurance pour protéger la population. Mais par rapport à léventuel travail au noir, sil avait fallu passer outre, je serais passé outre. Rien à faire. Les évolutions dune société ne sont possible que parce quà un moment des gens prennent des risques. Quand on est élu dans une commune comme celle-ci, on est responsable de tout. Quon le soit un petit peu plus ou un petit peu moins, cela change quoi dans labsolu ? Un exemple : sur le bâtiment de la mairie, on navait prévu de ne peindre que jusquà la première fenêtre pour des raisons de sécurité, et ce sont les gens eux-mêmes qui ont décidé de monter et de peindre entièrement le bâtiment. Apriles : Et les entreprises, comment reçoivent-elles tout cela ? V.H. : Contrairement à ce que lon pourrait imaginer, elles sont partantes pour la plupart et nous soutiennent. Par exemple, une entreprise a mis à disposition deux de ses peintres, un entrepreneur paysagiste, des pelles et également deux de ses employés!!! Les entreprises ny voient pas de concurrence, mais une forme de publicité. Leur logo est présent sur les documents de la Journée Citoyenne. Mais au delà de l'affichage, il y a surtout le sentiment pour l'entrepreneur et ses employés de participer à quelque chose qui dépasse leur seul intérêt. La citoyenneté ne se décrète pas mais elle se partage Aujourdhui, tout le monde semble séduit par la démarche. Apriles : Vos agents également ? Ne se sentent-ils pas dépossédés de leur travail ? V.H. : Bien sûr que non, et au contraire ! Les agents municipaux traînaient auparavant une mauvaise réputation. Dorénavant, les agents qui encadrent les chantiers se sentent réhabilités par la population qui a partagé pendant toute une journée leurs conditions de travail et qui se rend compte de la difficulté de leur tâche au quotidien. Sur les trente agents de ma commune, il y en a aujourdhui seize qui sont engagés dans la Journée Citoyenne. Ils sont là de 7h du matin, jusqu'au soir et se plient en quatre en amont pour que tout soit organisé le mieux possible. Mais il y a aussi beaucoup d'autres bénéfices pour la commune. Par exemple, une des responsabilités régaliennes du maire est davoir des poteaux incendie qui soient utilisables. On na jamais réussi, car on est toujours dans lurgence. En deux journées citoyennes, 150 poteaux incendie ont été entretenus. Sans compter les enfants qui ont peint les figurines qui embellissent aujourd'hui les bacs à fleur de la ville. Apriles : Nous vous suivons depuis la première édition afin d'alimenter notre spiritualité républicaine. Est ce que justement vous vous sentez acteur de la fraternité, troisième volet de la devise républicaine ? V.H. : Je crois pouvoir dire que lors de ces journées, nous sommes acteurs de l'ensemble de la devise républicaine! Acteurs de La liberté, car c'est un principe : chacun est libre de participer... ou pas. Mais nous donnons également corps au principe républicain d'égalité car quelque soit l'origine sociale et culturelle, les participants uvrent de la même façon à la réalisation des travaux. Acteurs de la fraternité enfin, car lors de ces journées se tissent des liens entre citoyens qui n'ont d'ordinaire aucune relation du fait de ces différences justement. Richwiller est une commune qui fait quatre kilomètres le long dune ligne droite... Quel est le lien entre lhabitant du quartier le plus à louest et celui du quartier du château, qui est le plus à lest ? Il ny en a pas, sauf lorsque nous organisons des journées de ce type. Certains habitants qui avaient par ailleurs des liens associatifs ou professionnels ont découvert, lors de la Journée Citoyenne, quils habitaient dans la même ville ! Il y a des moments difficiles dans la vie dun élu... Dautres sont exceptionnels, de ceux que lon noublie jamais. Les Journées Citoyennes sont de ceux-ci. Apriles : Alors que la défiance semble devenir une des caractéristiques majeures de nos sociétés, vous misez au contraire lors de ces journées sur la confiance. Ne vous sentez-vous pas à rebours du mouvement général ? V.H. : C'est possible, mais si cest le cas, cela fait notre fierté. Le gros déficit du politique, aujourdhui, cest que lon a perdu le sens même du politique. On ne sait pas assez cultiver la volonté dêtre ensemble. Pourtant la politique concerne aussi la population, dans le sens où chacun soccupe de sa cité. Avec les Journées Citoyennes, on a dépassé le clivage droite/gauche, qui dépasse les gens. Le pire ennemi que lon puisse avoir en politique, cest la routine. Et si on sinstalle dans la routine, comme dans la vie professionnelle, on devient mauvais. Avec les journées citoyennes, ont contribue à faire bouger nos pratiques et avec elles, la société. Propos recueillis par Jean-Louis Sanchez |
| < Précédent | Suivant > |
|---|













Le bénévolat progresse-t-il en France ? Où se pratique-t-il et dans quels domaines particulièrement ? Quel temps y consacre-t-on ? Autant de questions auxquelles répondra le colloque organisé le 14 janvier 2019, au Crédit Coopératif (Nanterre) par la Fonda, le Mouvement associatif et le Réseau des Maisons des Associations. Il permettra notamment de restituer les résultats de létude dirigée par Lionel Prouteau, daprès les résultats dune large enquête conduite au printemps 2018 par le Centre de recherche des associations et le CSA. Loccasion également den tirer des enseignements stratégiques pour les associations et de présenter des initiatives inspirantes. Programme à venir sur
Le réseau 


