| Claire Héber-Suffrin « Lhumain ne change pas, cest la société qui change » |
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Claire Héber-Suffrin est institutrice et docteur en psychosociologie des groupes en éducation et formation. En 1971, à Orly (Essonne), elle initie un nouvelle démarche appelée alors Réseau d'échanges de connaissances: Le début dune aventure qui fera date dans lhistoire de léducation. Aujourdhui, sa fibre militante est intacte. Rencontre à loccasion de la sortie de « plaisir daller à lécole », son dernier ouvrage.Apriles : Les Réseau déchanges réciproques de savoirs C'est quoi exactement ? Claire Heber-Suffrin : Un Réseau d'Échanges Réciproques de Savoirs (RERS), est une association fonctionnant à l'échelle d'une agglomération, dune zone rurale, dun établissement scolaire, dune classe, ou dune entreprise et dont les membres donnent et reçoivent des savoirs et savoir-faire. Certains sont des associations loi 1901, dautres nont aucun cadre juridique formel. Il sagit, là, d'une démarche de formation réciproque, en réseaux ouverts et sans aucune comptabilité, ni liée aux savoirs, ni liée au temps. La philosophie de cette forme d'association est proche de celle des systèmes d'échanges locaux (SEL), mais se distingue par labsence de monnaie. Si les SEL sont une alternative économique (qui a des effets pédagogiques et sociaux), les RERS sont une alternative pédagogique (qui a aussi des effets sociaux et économiques). Dans les RERS, tous les savoirs sont jugés intéressants à priori, et ne sont pas non plus hiérarchisés. Les savoirs échangés sont les savoirs personnels. La durée de lapprentissage n'est pas comptée, seul compte léchange de savoirs, du transmetteur vers lapprenant et inversement. Apriles : Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ? C.H-S : Chaque personne intéressée adhère au réseau et formule dès lors une offre et une demande de savoirs. Elles sont rendues visibles sur les supports utilisées par le RERS (affichages, journal du réseau, présentation lors de rencontres, etc.). Lorsque des offres et demandes semblent correspondre, offreurs et demandeurs sont mis en lien avec la présence d'un tiers qui va faciliter cette première rencontre. Pendant la mise en relation, les offreurs commencent par écouter les demandeurs formuler leurs attentes en termes de contenu ; puis les demandeurs, à leur tour, écoutent les offreurs présenter ce qu'ils peuvent transmettre. Ils réajustent alors, si besoin, leurs offres et demandes (ils peuvent aussi constater qu'elles ne se correspondent pas et en rester là). Puis ils discutent des méthodes, des outils, et de toutes les modalités des apprentissages : lieu, jour, heure, fréquence, moments pour faire le point, etc. Lorsque les échanges ont eu lieu, la démarche est évaluée lors de rencontres avec dautres membres afin que les participants puissent réfléchir, avec des participants dautres échanges, aux méthodes, aux difficultés et facilitations, etc. En général, les RERS proposent également des temps conviviaux où les participants peuvent faire connaissance, préparer un événement festif, une assemblée générale, des petits déjeuner pour faire le point, etc. Enfin, les RERS sont souvent partenaires dautres associations. Et ils se relient entre eux par des inter-réseaux. Apriles : Parmi toutes les valeurs qui fondent la démarche, laquelle est incontournable pour ces réseaux. C.H-S : Cest à priori la notion de réciprocité, envisagée sous plusieurs angles. Il y a celle des dons, chacun étant invité à donner ses savoirs et à en recevoir. Le don crée ainsi de la valeur humaine, des relations de reconnaissance réciproque. Il affirme le droit pour chacun, d'apporter sa contribution positive au Bien commun. Il y a également la réciprocité formatrice. Chacun sait quen préparant loffre, le transmetteur refait le parcours de ses apprentissages, réactualise ses savoirs, les réorganise, les rationalise ; il les réinterroge ou les complète. La réciprocité des rôles est également importante : en étant apprenant puis transmetteur, chacun réinterroge sa façon de vivre et apprend à apprendre. Apriles : Dans quelle mesure les RERS peuvent apparaître comme une réponse à la crise protéiforme que nous traversons ? C.H-S : A mon sens, les RERS ne constituent pas une solution à la pluralité de problèmes que connaît la société. Fondé il y a plus de 40 ans, ils nen demeurent pas moins dune grande actualité dans ce quils mettent en jeu et dans les questions quils posent : Comment faire de lécole une réussite pour tous ? Comment aider les enfants à sextraire dun destin social intériorisé par les parents ? Comment changer le regard de ces derniers sur eux-mêmes ? Comment montrer aux habitants des quartiers relégués quils sont eux aussi riches dintelligence et de savoir-faire ? En rentrant dans des logiques de reconnaissance réciproque, on touche à des enjeux fondamentaux du vivre-ensemble. Cela dit, de façon très empirique, lorsquon se retrouve dans un réseau, il est évident quon élargit son cercle de relations, ce qui est toujours favorable à la reprise de lemploi. Apriles : Institutrice, vous venez de publier un livre au sein duquel vous avez fait contribuer vos anciens élèves. C.H-S : Oui, lidée des RERS a émergé à la fin des années 60 alors que jétais en poste en région parisienne. Les réseaux et moi-même devons finalement beaucoup à mes anciens élèves. Alors, dans cet ouvrage intitulé « Plaisir daller à l'école : ouvrir lécole, créer des réseaux », qui porte sur les résultats obtenus grâce à la pédagogie active et notamment par le soutien mutuel entre élèves et louverture sur la cité, jai eu envie de les solliciter. Devenus adultes, mes anciens élèves témoignent de ce qui les a marqués, de leurs convictions et des choix quils ont faits. Il savère que si lépoque a changé, lhumain, lui, ne change pas. Dès lors, ce livre est loccasion pour nous de donner des pistes sur lorganisation dune école où règne le plaisir dapprendre. Propos recueillis par Sebastien Poulet-Goffard. |
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