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Pascal Colin : «Intégrer lESS dans le triptyque républicain» |
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INITIATIVES était à sa création en 1989 un établissement médico-social accueillant des personnes en situation de précarité présentant des pathologies chroniques et sévères (VIH, cancers, hépatites). Il est ensuite devenu un centre de formation aux métiers des services à la personne : aide médico-psychologique (DEAMP), moniteur-éducateur (DEME), éducateur spécialisé (DEES) et responsable d'unité d'intervention sociale (CAFERUIS). Avec la création de la première Faculté Libre dEtudes Politiques et en Economie Solidaire (FLEPES), INITIATIVES milite aujourdhui ardemment en faveur du développement de lEconomie Sociale et Solidaire (ESS) en France. Rencontre avec Pascal Colin, son directeur général.
Apriles: Création dune Faculté Libre, mais aussi dune plateforme nationale de formation continue de niveau I en ESS
Et enfin reconnaissance par lEtat du titre dExpert en Economie Solidaire et Gouvernance Sociale (EESGS) que vous avez également créé. Il sagit là dune avalanche dactualité au service de la promotion et du développement de lESS. Nêtes vous pas éloigné de la formation en travail social qui marque les origines de votre institution ?
Pascal Colin : Je ne le pense pas. Nous développons au contraire ce dont le travail social a besoin. Celui-ci sest enfermé ces dernières années dans une vision étriquée de son rôle et de ses pratiques. De façon caricaturale, sil a produit jadis de grands visionnaires, il fabrique aujourdhui des fonctionnaires qui agissent dans des logiques compartimentées de tâches et de métiers. Les aspects gestionnaires prennent largement le pas sur le militantisme, et linflation de normes et de dispositifs accentue évidemment le mouvement. Je pense que le secteur social a besoin dune authentique refondation. Il faut dorénavant pouvoir innover, expérimenter pour une meilleure solidarité.
Apriles : Vous voyez donc dans lESS une opportunité.
P.C. : Absolument. Ce secteur représente aujourdhui 10 % du PIB et 12% de lemploi. Le secteur associatif cest 12 millions de bénévoles, 1.8 millions de salariés pour 1.1 million dassociations actives en France, cest autant dacteurs qui avancent avec un idéal. Il ny a pas dactionnaires à enrichir, mais un projet social et humain à nourrir! Toute cette énergie, mais aussi celle des mutuelles, des coopératives et des fondations, cest de la dynamite sociale !!! Malheureusement, le secteur est émietté. Nous appartenons à la même famille mais nous avons du mal à nous fédérer pour exister. Il y a un vrai déficit de représentation politique.
Apriles: Pour quelle raison ?
P.C. : LEconomie sociale et solidaire a émergé au XIXe siècle, et a joué un rôle important dans le développement de grands pays européens. En France, la droite qui a mis toute son énergie pour protéger les entreprises capitalistes sest liée avec une gauche, grande défenseuse dun Etat fort, pour étouffer le secteur. Il en résulte une véritable méconnaissance symbolisée par la remarque de Francis Vercamer, Député du Nord, auteur dun important rapport sur lESS en 2010, à la demande du Premier ministre. Il confiait avoir été heureux de faire ce travail car il lui avait permis dapprendre beaucoup sur un secteur à fort potentiel dont il ignorait presque tout
Apriles : Il y a un ministre délégué aujourdhui.
P.C. : Oui, et cest la première fois. Avant les élections présidentielles, nous avons mené campagne dans le cadre du réseau national de lESS (www.reness.fr) en faveur dune nouvelle gouvernance solidaire et sociale. Il semble que notre plaidoyer ait fonctionné et que nous ayons été entendus. Il y a chez Benoît Hamon une forte dimension militante. Nous attendons quil fasse bouger les lignes. Et si la liberté est incarnée par la droite, légalité par la gauche, cest sans aucun doute lESS qui, le mieux, peut faire vivre la fraternité. Nous comptons sur le ministre pour intégrer, enfin, le tiers secteur dans le triptyque républicain.
Propos recueillis par Sébastien Poulet-Goffard
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