| Mathieu Bostyn : « Il est possible dallier rentabilité financière et rentabilité sociale » |
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Né dans le Nord où il a biberonné à léducation populaire, il a ensuite bourlingué au Canada, au Burkina et en Sociologie
Cest finalement en Bretagne, dans le petit village dAugan, que Mathieu Bostyn , 33 ans, a posé ses valises pour fonder avec deux camarades le Champ Commun : une société originale qui regroupe une épicerie et un bistrot concert, au service de la régénération du lien. Explications. Apriles : Le Champ Commun, cest quoi exactement ? Mathieu Bostyn : Le Champ Commun cest dabord une épicerie de 112 m² achalandée de produits classiques, mais également de denrées locales fournies par des petits producteurs travaillant à moins de 50 km à la ronde. Cest également un bar-café-concert Un débit de boisson en licence IV, tourné vers la rencontre humaine et artistique, plutôt que vers la seule consommation. Cette dernière demeure néanmoins importante puisque la structure, qui emploie 8 salariés, vit de ses recettes Le tout, au cur dun village de 1400 habitants. Apriles : Nest ce pas une drôle didée que douvrir une affaire dans un endroit aussi peu peuplé ? M.B. : Cest justement lenjeu de notre démarche. La Bretagne est une terre de paradoxe : alors que la population agricole est en diminution depuis longtemps, les anciennes solidarités, notamment familiales, sont particulièrement maintenues. Mais dans le même temps le zonage sy développe fortement : autour des villes on trouve des zones industrielles où les gens travaillent, des zones commerciales où les gens achètent, et des cités dortoirs, où ils dorment. Dans les campagnes, avec la disparition des petits commerces qui constituaient des espaces de socialisation important, les lieux de rencontres et déchanges se font rares. Cest en partant de ce constat que nous avons voulu bâtir notre affaire. Ici, à Augan, où nous vivons depuis plusieurs années. Apriles : Pour gagner de largent ? M.B. : Plutôt pour vivre dignement de notre travail, tout en étant utile socialement. Allier rentabilité économique et social est un compromis rendu possible par le statut de Société coopérative à intérêt collectif (SCIC). Ce type de société associe obligatoirement autour d'un projet des acteurs salariés, des acteurs bénéficiaires (clients, usagers, riverains, fournisseurs ) et des contributeurs (associations, collectivités, sociétés, bénévoles etc.) pour produire des biens ou des services d'intérêt collectif, au profit d'un territoire ou d'une filière d'activités. Ici, les partenaires sont les producteurs locaux, les consommateurs, les salariés, et les associations intéressées par le projet. Ce ne sont pas des actionnaires qui ont mis du capital et attendent une rentabilité financière, ce sont plutôt des associés qui attendent une rentabilité sociale en retour de leur investissement. La différence est de taille. Apriles : Et elle permet peut-être de simplanter plus facilement M.B. : Oui, même si on na pas tout de suite été bien compris. Par des commerçants du village qui voyaient dans notre entreprise, justement, une concurrence potentielle. Par les institutions de léconomie classique, qui ne comprenaient pas notre concept. Et par les politiques, qui nous voyaient peut-être au début comme de gentils barbus. Nous le sommes effectivement, mais on bosse, et notre structure fait aujourdhui vivre directement huit personnes, sans compter nos fournisseurs en produits locaux qui trouvent un débouché intéressants à leur production. Du reste, lépicerie fonctionne bien en vendant des bons produits à des prix raisonnables. On y vend même lAuganaise, notre propre bière ! Devenu relais poste, le magasin rend service en permettant à tous de sapprovisionner dans le village sans avoir à rouler 20 km avant de trouver une échoppe. Mais plus encore, nous proposons aux citoyens, par delà les différences dorigines et dâges, des animations et des actions collectives qui permettent aux gens de se rencontrer, et de se retrouver chez eux, ici au Champ Commun, mais plus largement sur ce territoire. Bref, la municipalité et les citoyens napparaissent pas mécontents. Apriles : Quelles sont ces activités justement ? M.B. : Nous créons le cadre de lanimation et ouvrons nos portes aux artistes et associations alentours qui disposent de cartes blanches pour donner à voir ce quils font. En plus de ces évènements nous organisons régulièrement des conférences et des concerts et, à dates fixes, des soirées jeux, des ateliers coutures, qui sont autant de prétextes à la rencontre et aux échanges Nous effectuons par ailleurs une étude de préfiguration à la constitution sur le Pays de Ploërmel, dun pôle local de la chambre régional de léconomie sociale et solidaire (CRESS) de Bretagne. Et enfin, en projet pour 2013, la création d'une Auberge financée en partie par la Région, pour accueillir les randonneurs, les familles, mais aussi des formations autour de lEconomie Sociale et Solidaire, et de léducation populaire. Finalement, si lon y réfléchit, il y a beaucoup de choses à faire dans ce coin un peu perdu. Propos recueillis par Sebastien Poulet Goffard Pour plus d'informations sur Champ Commun, consultez: - Le site internet. - Son dossier économique de 2009. - Son dossier financier de 2009. - Les statuts de la coopérative. |
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