| Jean Luc Graven : «Lanimation, cest créer le cadre de lémancipation» |
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Apriles : Cause commune De quoi sagit-il exactement ? Jean-Luc Graven: Cest une expérimentation menée sur 5 quartiers de Grenoble et sa région par le Secours catholique. Débutée en 2001, elle part du constat quon ne peut pas transformer une situation sociale si on ne rend pas les personnes qui la vivent, actrices de cette transformation. Avec une équipe de quatre animateurs, nous avons travaillé avec les habitants afin quils prennent conscience de leur capacité à transformer leurs conditions de vie. En prenant appuis sur différentes approches développement social, développement communautaire, participation nous avons touché plusieurs problématiques : logement, équipement urbain, résolution de conflits entre habitants etc. Léquipe na jamais rien développé de sa propre initiative, se positionnant au cur de lespace public, dans un rôle dincitation et daccompagnement auprès de collectifs citoyens. Apriles: Où en est-on de lexpérimentation aujourdhui ? Jean-Luc Graven: Conformément à notre démarche initiale qui prévoyait dès lorigine un retrait progressif de nos équipes dans une perspective dautonomisation des acteurs, nous avons quitté le terrain lorsque le relais a été pris par des associations locales. En 2001, lorsque nous avons commencé, la fleur aux dents, nous tablions sur une action de quelques années seulement. Le processus lancé suite à notre impulsion aura finalement duré plus de 10 ans Apriles: Vous avez des clés de compréhension du phénomène ? Jean-Luc Graven: La visée de Cause commune a toujours été la création des conditions favorables à lémancipation. Cest ce que jappelle moi, lanimation. Emancipation des habitants au regard de la résolution des problématiques qui leur sont propres, mais aussi par rapport à nous, notre présence et notre action. Il y a là quelque chose dun peu contradictoire. Cest une recherche délicate et permanente déquilibre qui ressemble à la marche. Chaque pas est une nouvelle mise en déséquilibre du corps, mais elle nous permet finalement davancer. Cest une loi de la vie. Cela dit, aujourdhui, les résultats sont là : dans la quasi-totalité des quartiers que nous avons investis, des associations se sont créées. Elles sont forces de proposition, elles montent des projets de développement et se posent en interlocuteurs incontournables des pouvoirs publics. Apriles: Une victoire Le pari nétait pourtant pas gagné davance. Comment avez-vous réussi à obtenir le mandat de votre institution pour mener à bien cette expérimentation ? Jean-Luc Graven: Je travaille pour le Secours catholique depuis très longtemps. Cest un gros paquebot, mais on a toujours une marge de manuvre, notamment grâce aux bénévoles qui créent beaucoup de choses et qui continuent à avoir une place importante. Ce ne sont pas les 1000 salariés qui font la pluie et le beau temps. Les orientations politiques sont par ailleurs assez claires : sassocier avec les plus pauvres dentre nous pour construire une société plus juste et fraternelle. Cette convergence de dynamisme et de volonté politique crée le cadre de linnovation et autorise dimportantes marges de manuvre. En expliquant la démarche, jai obtenu le budget qui a permis de constituer et pérenniser léquipe danimateurs. Notre expérience est restée locale, presque marginale au regard de toutes les actions portées par le réseau caritas mais elle na, pour le coup, jamais été marginalisée. Elle est modeste mais elle touche des choses justes Apriles : Avec cette reconnaissance institutionnelle, lexpérience Cause commune est donc vouée à se développer ailleurs ? Jean-Luc Graven : Depuis janvier 2012, le Secours catholique nous a en effet confié une mission de recherche et dexpérimentation transformant ainsi notre équipe en ressource pour tous les acteurs de terrain de lassociation. Il ne sagit pas de la création dun service isolé observant les choses dans son coin, mais plutôt de lanimation dun réseau dacteurs innovants. Un laboratoire ouvert qui, en observant les différentes expériences et en les confrontant les unes aux autres, de sortes quelles senrichissent mutuellement, a pour but de dégager des façons de faire, voire une méthodologie, prompte à favoriser limplication des personnes en situation de pauvreté. Il sagit en fait dessayer de répondre à cette question : Comment pouvons-nous changer dans nos pratiques afin daugmenter le pouvoir dagir de lautre ? Propos recueillis par Sébastien Poulet-Goffard * Jean-Luc GRAVEN, « Pédagogie du développement social : Faire cause commune », éditions Chronique Sociale, 2008. >> Télécharger linvitation et le bulletin dinscription pour latelier autour de lexpérience Cause Commune à Montmagny dans le Val dOise le 25 septembre 2012. |
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