| Mohamed LHoussni, re-tisseur de liens |
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« Je suis responsable de lautre sans rien en attendre en retour, dût-il men coûter la vie ». Ces quelques mots du Philosophe Emmanuel Levinas sont le leitmotiv de Mohamed LHoussni. Animateur, éducateur, étudiant, directeur dassociation, son parcours est jalonné dexpériences, de formations, de réflexions et de questionnements. Fruit de ses constants allers-retours entre théorie et pratique, reflet de sa façon dinnover, lassociation Retis (Recherche, Education, Territoire, Intervention, Sociabilité) quil crée en Haute-Savoie en 2007, est la traduction de sa vision de la protection de lenfance. Une structure locale daccompagnement des enfants et de leurs parents qui combine aide et entraide, prévenance et protection. En se définissant comme «créatrice de liens sociaux», lassociation dont il est le directeur demeure singulière dans le paysage français. A limage de cette personnalité du monde de la protection de lenfance que pourtant rien ne prédisposait à ce parcours atypique. Né au cur du moyen Atlas marocain Mohamed LHoussni arrive en France à sept ans. Sa jeunesse nest pas particulièrement militante. Ce sont le temps, les études, les rencontres et lobservation qui vont forger ses convictions et son éthique de lengagement. Sa vocation, il ne la pas choisie : elle est venue le chercher à 18 ans sous les traits dun prêtre ouvrier. « Cest vraiment le hasard. Je travaillais lété comme animateur et ce gérant de centre aéré pensait que jétais fait pour le travail social ». Ce job dété, cette rencontre inattendue, seront à la base de son engagement. Dés la rentrée il devient élève éducateur. En stage, il travaille avec des jeunes de 17 à 21 ans : la plupart sont plus âgés que lui. «Jai assez rapidement fait le constat que les jeunes les plus en difficulté étaient encadrés par les gens les moins formés. En médecine, plus une maladie est rare, plus elle compte de spécialistes. Dans le travail social, cest linverse : plus les gens rencontrent de grandes difficultés, moins les professionnels sont spécialisés ». Un constat lourd qui forge sa conviction : pour bien faire son travail, il va devoir continuer à se former. Dés lors, théorie et pratique seront intimement liés. Une MECS1 dans le Lot-et-Garonne, une autre dans la Marne, un SAPMN2 en Franche-Comté, un CHRS3 dIlle-et-Vilaine : des années dexpériences ponctuées daller retours entre fac, école et milieu professionnel. Après un diplôme déducateur, il suit une formation à lapproche systémique et aux thérapies familiales. Il passe ensuite un diplôme supérieur de travail social, une maîtrise de sociologie puis un DESS en ethnométhodologie, branche peu connue de la sociologie dans laquelle savoir profane et savoir savant sont placés au même niveau. En séloignant des formations axées sur la psychologie pour se tourner vers des formations sociologiques plus larges, il prend une décision déterminante pour son cheminement intellectuel. Objectif affiché : associer à lapproche classique des problématiques individuelles, une vision plus globale, systémique des situations. « Ces disciplines mont permis de trouver dautres grilles de lecture pour comprendre, analyser les situations et proposer des réponses qui me paraissaient plus adaptées aux besoins et aux réalités vécues par les gens. On ne peut pas penser les problèmes uniquement de façon individuelle car une partie des difficultés rencontrées dépend de lenvironnement. Il faut donc agir à la fois sur les individus et sur ce dernier ». Lobservation, au cours de sa formation, dexpériences appliquant cette approche va considérablement renforcer cette conviction. Quant à sa pratique, elle serait probablement tout autre sans la naissance, alors quil est déjà éducateur, de ses trois enfants. En effet, son nouveau statut de père influence sa réflexion et forge sa volonté de créer des structures que ses propres enfants pourraient utiliser. Une éthique qui le pousse à considérer tous les enfants quil accompagne comme les siens et à mettre en place des dispositifs bientraitants dans lesquels les enfants puissent être acteurs. Des années de pratique et de formation, vont faire du jeune animateur un éducateur fervent défenseur de lintelligence collective. Tout au long de sa carrière, il appliquera dailleurs ladage africain selon lequel il faut tout un village pour éduquer un enfant. «Les premiers protecteurs sont les parents, mais ensuite, cest laffaire de tous. Lenfant, cest celui de la société». Son action il linscrit donc dans le territoire et se donne pour ambition la mobilisation de tous (enfants, parents, citoyens et professionnels) en faveur du bien-être de lenfant et de la famille. « Lintervention individualisée ne suffit pas, il est essentiel de collectiviser les problèmes et les difficultés rencontrées : arrimer laide et lentraide ». Son crédo : créer du lien social, tisser des filets de sécurité pour les gamins quil accompagne. Au service de son projet, il créé lassociation Retis en 2007 (voir la fiche action Apriles). Un nom qui nest pas le fruit du hasard puisquil vient du latin signifiant réseau, filet. Cest aussi lanagramme de tiers : celui qui relie. Directeur de la structure, après vingt ans dexpérience il se considère toujours et avant tout comme éducateur. Sa méthode, cest « la pédagogie de lopportunité » : accepter la surprise, accepter le fait que des choses ne dépendent pas totalement de vous, oser innover avec les risques que cela comporte. « Linnovation, cest souvent des petites choses qui sont faites au quotidien pour que ça marche mieux. En protection de lenfance cest répondre à des besoins cachés, parce que si on nélargit pas notre mandat, on ne peut pas répondre à ce qui est important pour les enfants et les personnes. Innover, cest croiser des approches distinctes, habituellement séparées, mobiliser des acteurs de secteurs différents, parce que cest laffaire de tous. Cest impliquer les enfants et les parents comme des experts. Cest penser lexpertise autrement : nous avons une expertise technique, ils ont une expertise expérientielle, eux seuls savent ce que cest de vivre ce quils vivent. Et puis cest sobliger à une prise de risque ». Car dans le social, on travaille avant tout avec de lhumain : « en sappuyant sur les forces et les faiblesses des bénéficiaires et sur les nôtres. Cela créé des interactions dont le résultat nest pas prédéterminé mais va dépendre de nombreux éléments : de liens, de relations de confiance, de circonstances, de chances Ca veut dire quil faut oser prendre des risques, oser sengager ». Mais cet engagement à un coût, « parce quon na pas une vie réglée comme les autres. On est moins présents auprès des siens. Si on ne veut pas être un petit fonctionnaire de la bientraitance, il faut donc savoir à quoi le travail déducateur engage : aider les autres ce nest pas déterminer les moments où ils vont parler, les moments de crise. Ce nest pas une routine, et cest ça aussi qui est passionnant». Joachim Reynard >>Consulter la fiche Apriles sur l'association Retis 1 MECS : Maison denfants à caractère social. 2 SAPMN : Service d'adaptation progressive en milieu naturel. 3 CHRS : centre dhébergement et de réinsertion sociale. |
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« Je suis responsable de lautre sans rien en attendre en retour, dût-il men coûter la vie ». Ces quelques mots du Philosophe Emmanuel Levinas sont le leitmotiv de Mohamed LHoussni. Animateur, éducateur, étudiant, directeur dassociation, son parcours est jalonné dexpériences, de formations, de réflexions et de questionnements.