| Dominique Royoux « On fait respirer l'air du temps aux politiques » |
|
|
|
|
|
Apriles: Vous êtes Président de Tempo Territorial, lassociation qui fédère les bureaux des temps. Quelle est la légitimité des pouvoirs publics pour semparer des questions temporelles? Dominique Royoux: Il ny a rien détonnant à ce que les pouvoirs publics sintéressent au temps et à son inscription territoriale. Par exemple, les changements de rythme professionnel dans une unité de production ont des incidences qui dépassent largement le strict cadre de lentreprise. Quand les horaires de travail sont modifiés, les salariés doivent sadapter car tout est chamboulé : ils doivent trouver de nouvelles modalités daccueil pour les enfants, sorganiser pour les transports publics et, du fait de ces nouveaux horaires, ne sont plus en mesure deffectuer des démarches auprès des services administratifs. La demande des citoyens à légard des institutions change. Loffre de service public doit sadapter. Cest tout lenjeu dune politique temporelle. Apriles: Quels sont les déterminants de cette entrée du temps dans le champ des pouvoirs publics? DR: Les politiques temporelles émergent en Italie à la fin des années 80, à loccasion du mouvement de jeunes mères désireuses de reprendre le travail, mais confrontées à une pénurie de mode daccueil. Ces politiques temporelles répondent alors à lenjeu de maîtrise du temps à travers le concept daccessibilité, aux services notamment. Il sagit, pour les pouvoirs publics de favoriser la conciliation de la vie professionnelle et familiale. En France, la prise de conscience de la nécessité dinvestir le champ temporel a été plus tardive. Elle sest révélée au moment des Lois Aubry avec la mise en place des 35 heures et la conscience de la difficulté croissante à combiner les différentes activités quotidiennes. En 2001, le rapport dEdmond Hervé sur le temps des villes doit constituer la première pierre dune politique nationale ambitieuse. Il préconise notamment que toutes les villes de plus de 20 000 habitants se dotent dun bureau des temps afin dharmoniser les horaires des services publics avec les besoins qui découlent de la vie familiale et professionnelle. Malheureusement, lalternance politique de 2002 a rendu sa diffusion imparfaite et inégale sur le territoire. Apriles: Quest ce quun bureau des temps? DR: Les bureaux des temps sont le lieu de l'élaboration des politiques temporelles. Au nombre dune quarantaine en France, ils sont portés pour la plupart par des villes et des agglomérations. Ils assurent linterface entre des champs et des secteurs dactivité qui ne se parlent plus. Autrefois le son de la cloche, puis la sonnerie de lusine rythmaient lensemble de lactivité humaine. Aujourdhui la sonnerie du portable et le télé-travail désynchronisent tout. Le bureau des temps joue alors un rôle densemblier. A lécoute des publics, à travers notamment lensemble des instances de concertation doléance des parents pour les modes de garde, des personnes âgées et des ados sur les activités culturelles, etc - nous essayons de mieux connaître les usages des uns et des autres afin de favoriser les évolutions et les innovations. Sans jeu de mot, on fait respirer lair du temps aux politiques et nous encourageons l'adaptation à la demande sociale. Nous plaidons pour plus de souplesse et dadaptation au sein des institutions. Apriles : Au-delà de la réflexion autour des questions temporelles, les bureaux des temps mènent-ils des actions ? DR : Oui bien sûr. Par exemple pour mieux gérer le stress de la rentrée scolaire, les bureaux de Poitiers, Rennes ou Montpellier ont mis en place cette année dans les locaux de la mairie un guichet unique qui concentre pour quelques jours, lensemble des infos nécessaires pour organiser lannée scolaire des enfants et des parents: information sur les établissements et les transports scolaires, mais aussi une partie importante de loffre sportive, associative et culturelle. Il sagit de sinformer sur lexistant et de sinscrire sur le même lieu et au même moment, afin de gagner du temps. A Poitiers par exemple lopération a mobilisé plus de 40 partenaires... Apriles : Et TEMPO-Territorial dans tout ça? DR : Lassociation regroupe lensemble des bureaux des temps afin de favoriser les synergies, le partage, lapprentissage et la coopération. TEMPO-Territorial se veut un lieu déchange de bonnes pratiques, en termes dorganisation, de concertation, danalyse méthodologique, de mise en uvre dactions concrètes, de représentations cartographiques Il sagit aussi daccompagner les acteurs dans des démarches temporelles, notamment liées aux transformations et aux évolutions des rythmes de temps de la vie moderne. Enfin, nous encourageons et suscitons le débat entre pouvoirs publics, entreprises, habitants, salariés, usagers et leurs représentants autour des grandes questions qui impliquent des politiques temporelles : il peut sagir de conférences autour du télétravail ou de louverture des bibliothèque et médiathèque le week-end et les jours fériés. Apriles : Alors ? Faut-il ouvrir les équipements culturels le dimanche ? DR : Je ne sais pas. Ce dont je suis sûr en revanche, cest quil faut sérieusement et sereinement se poser la question. Limpact sur les usagers est important... Les médiathèques et bibliothèques sont des lieux où les familles se rassemblent et où il se joue des choses importantes autour de la culture. Est-ce un service intéressant pour le plus grand nombre? Et quelles sont les conséquences pour les salariés? Les bureaux des temps sont des espaces ressources pour réfléchir à ces enjeux Plus d'infos sur https://tempoterritorial.free.fr Propos recueillis par Sébastien Poulet-Goffard |
| < Précédent | Suivant > |
|---|













Vous en avez rêvé, le Carrefour des innovations sociales la fait : permettre en un clic de consulter les projets socialement innovants recensés par plus de 70 sourceurs différents, dont Apriles. Une version test du site, en ligne depuis le 16 avril, compile déjà plus de 5000 actions auprès dune quinzaine de sourceurs. Au fur et à mesure de son développement, un moteur de recherche et une cartographie permettront notamment aux utilisateurs didentifier les projets qui les intéressent, sur une base enrichie en permanence par les sourceurs. Avec quatre grands objectifs : regrouper en un espace partagé linformation fiable disponible sur les projets dinnovation sociale en France, visualiser les projets dans leurs écosystèmes locaux, quelle que soit léchelle (locale, régionale, nationale), mesurer les dynamiques dinnovation sociale par territoire, soutenir lessaimage des innovations sociales. Pour découvrir la plateforme et la tester :
Le réseau 

