| José Dhers: « Ensemble, à la lisière... » |
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« Je suis né le 24 avril 1944, à Etampes, sous les bombes...» Ainsi commence le récit de la vie de José. Né de parents ariégeois, ces derniers s'installent avant sa naissance dans l'Essonne, « pas très loin de la ligne de train qui mène en Midi-Pyrénées, histoire ne pas couper le cordon ombilical avec la terre d'origine, comme beaucoup d'immigrés de province ». Unique garçon d'une fratrie de quatre enfants, José descendra souvent l'été visiter la famille restée au pays. Son père est commissaire répartiteur des contributions directes « un titre un peu barbare pour dire qu'il était chargé des contentieux avec les commerçants à la mairie de Paris. Fonctionnaire, syndiqué à la CFTC, dont il fut président de lUnion Locale dEtampes dès la libération. Il optera pour la CFDT à la tribune du congrès de déconfessionalisation en 1964 afin de laïciser ses engagements professionnels et les séparer ainsi de ses engagements dans le cadre de la paroisse. » José a 13 ans lorsquil déménage avec ses parents à Montgeron, plus près de Paris où ceux-ci créeront la section du secours catholique de la ville. Il se rappelle de la mise en place dun vestiaire pour les plus démunis et voit dans lengagement parental le ferment de son propre engagement dans le social. Ado, José simplique dans le « patro » de la paroisse. Il crée le foyer club de jeunes de Montgeron, « une structure assez originale puisquelle était mixte, cétait avant 68 quand même ». Là, jeunes gens et jeunes femmes, débattent, discutent des grands enjeux de société, des problèmes sociaux, sociétaux Il leur arrive aussi dorganiser des soirées dansantes, les fameuses boums, des Week-ends, le tout sous loeil bienveillant du curé dalors, « un véritable animateur, en coat kaki, qui ma donné le goût de lorganisation et du collectif. » Les années 1960, Grands Ensembles et « Sarcellite » : prudence Côté études, José se forme à lélectronique. Diplôme en poche, il rentre chez IBM et ny reste quun an. Celui qui ne voulait pas faire carrière dans ce quil qualifie « déglise Américaine » décide de transformer ses engagements militants en engagements professionnels. « Jai tourné casaque et me suis formé au métier danimateur social ». Son mémoire : « Montgeron et ses jeunes face à leurs problèmes dans les domaines socio-culturels et sportifs » lui vaut dêtre embauché à la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC). A Sarcelles (95) tout d'abord au poste du directeur d'un centre social: C'est lépoque de la découverte de la maladie des Grands ensembles : « La Sarcellite ! » . Dans ce contexte, il fait la connaissance de Claude Neuschwander, président du conseil des résidents de la ville de 1964 à 1968 mais aussi président de l'Adels de 1971 à 1973 et patron de LIP juste après le mouvement social. Une rencontre marquante, comme beaucoup dautres de sa vie professionnelle et militante. Puis il rejoint le centre social des Mureaux (78) avant celui de Chevilly La Rue (94). Cest dans cette ville quen 68, un journaliste de lORTF déboule caméra sur lépaule et linterroge sur la situation de la jeunesse tandis quà quelques encablures, les pavés voltigent de barricades en barricades. « Un jour, un groupe de jeune se présente au centre social pour loccuper. Je leur ai répondu : Mais bien sûr, allez-y, il est fait pour ça. Ils se sont installés dans une salle quils ont aménagée à leur goût. Par terre, cétait du béton, ils ont refait le sol avec des dalles en caoutchouc volées comme des trophées à Censier ! » Le vent de la révolte passe et José poursuit son chemin, daffectation en affectation, de centre social en actions de développement. Tout en travaillant, José continue ses études: « jai passé ma vie à me former, cest important dans des fonctions de développement social local, on a toujours besoin de recul et de va-et-vient entre théorie et terrain». Des sessions qui alimentent sa réflexion, et nourissent sa pratique darticulation des diverses dimension du travail social au moment où celui-ci évolue pour prendre une dimension plus collective. Années 1970, Habitat et Vie Sociale (HVS) : cohérence Au mitan des années 70, José part dans le sud. Toujours à la Caisse des Dépôts, il devient chargé de mission affecté à laccueil des nouvelles populations, à Vitrolles, puis en tant que chef de projet en développement communautaire, il participe à Frais vallon - cité des quartiers nord de Marseille - à la première opération Habitat et Vie social (2) . HVS est à lorigine un groupe de réflexion composé notamment de hauts fonctionnaires de léquipement et des affaires sociales. Ensemble, ils travaillent à lamélioration des relations sociales dans les grands ensembles et dressent un sombre constat : pauvreté et atomisation de la vie quotidienne, faiblesse des structures sociales locales, ségrégation interne entre les groupes les plus pauvres et les groupes qui attendent pour épargner en vue dune accession ultérieure à la propriété individuelle, ghettoïsation des jeunes. « Les remèdes proposés sont la rénovation de lhabitat le plus dégradé, et surtout le développement dune vie sociale communautaire, lanimation et la participation des habitants. Cest finalement une des premières étapes un peu constituante de ce qui deviendra la politique de la ville. Sur le terrain, mon travail consistait à articuler les dimensions urbaines et sociales et à favoriser cette dynamique auprès de lensemble des partenaires. Auprès des habitants, pour être connu et reconnu, jai travaillé en binôme avec le facteur, véritable personne-ressource que tout le monde appréciait, et qui connaissait le quartier mieux que personne». Cest suite à cette expérience quil lance avec le Collège coopératif en PACA pendant plusieurs années une recherche action entraînant plusieurs centaine de travailleurs sociaux sur la thématique de « La dimension communautaire du travail social en PACA » Une etude qui sera remise au conseil régional (3) Années 1980, Développement Social des Quartiers ( DSQ): expérience Plus tard, dans les années 80, toujours et encore au sein dune filiale de la CDC, la SCIC ( Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts), José devient chef de projet de gestion expérimentale de trois cités dhabitat social sur les quartiers «DSQ» de Marseille Nord. « On était des travailleurs sociaux gérants de la cité (4). On travaillait avec les communautés, en identifiant leurs valeurs afin quelles sorganisent. Et puis on a modifié les fiches de poste des gardiens qui nétaient évalués que par le montant des impayés encaissés et les surfaces balayées alors que 90 % de leur temps était dédié au relationnel et au social. Mais ça na pas duré longtemps, on sest heurté aux logiques corporatistes de la profession et de l'institution HLM en revenant à la méthode d'évaluation initiale ». Années 1990, Politique de la Ville : consistance Arrivent les années 90, José simmerge dans le bain des dispositifs politique de la ville qui prennent consistance. Revenu en région parisienne, il devient un des premiers chefs de projet en Développement Social Urbain. Il commence à la Grande Borne de Viry-Chatillon et procède à ce qui est décidément devenu sa spécialité : « Au croisement de différentes dimensions, à la lisière de plusieurs mondes, je travaille à larticulation de la pierre et de lhomme dans des dispositifs expérimentaux. Finalement, jai beaucoup servi de « brouillon » dans ma carrière», dit-il avec humour. Il devient ensuite Directeur dEntreprise Habitation Solidarité (EHS92), un bureau dingénierie sociale auprès de deux collecteurs 1% des Hauts de Seine. Il rencontre à Villeneuve la Garenne dans une opération de rénovation urbaine larchitecte Roland Castro et même lactuel Ministre de la Ville : Maurice Leroy. XXIeme siècle, place aux Agences : prise de distance Au début de la décennie 2000, José rejoint la fonction publique territoriale. Il participe au lancement de la politique de la ville à Romainville puis devient Manager territorial dans le cadre du grand projet de ville du Havre. « Jai tenté de faire comprendre à tous que la finalité, cest le processus participatif : on ne fait pas le bonheur des hommes sans eux ». La ville du Havre lui demande de phosphorer sur le thème: « De la politique de la ville à celle du droit commun ». Il parcourt donc plus de 20 sites en Développement Social Urbain et angle son travail sur trois thématiques : Le Projet éducatif local, la vie associative et lévaluation de ces politique il en revient avec une photographie de ces problématique dans les quartiers sensibles (5) Tandis que létat s'éloigne du terrain en créant l'ANRU et l'ACSE, José prend lui aussi de la distance Il atteint sa période de temps choisi et crée l'Association de Développement des Ressources Humaines et Sociales, (ADREHS) une petite structure de coordination de ses activités de consultant spécialisé dans lanimation, la coordination et le développement dactivités en lien avec les problématiques urbaines et sociales. Invité à intervenir en 2005 a un colloque sur les projets éducatifs locaux, José, comme les autres participants n'est pas invité à prendre la parole. Quà cela ne tienne, il envoie un billet dhumeur à lensemble de ses réseaux reprenant le contenu de ce qui aurait dû être son intervention. « Beaucoup de personnes ont réagi . J'ai décidé de constituer un groupe de réflexion autour de la notion de travail social communautaire ». Ainsi naît le séminaire de recherche action « Travail social, Développement communautaire, Education populaire et citoyenne (1) ». Celui-ci se fixe pour objectif de sensibiliser un grand nombre dacteurs de terrain et institutionnels à lintérêt de développer le travail social et le développement communautaires et de mobiliser de nouveaux réseaux en sa faveur. La mise en débat des travaux réalisés depuis quatre ans sest tenu à Aubervilliers en janvier dernier dans le cadre dun colloque intitulé « faire société autrement (1) » qui a réunit près de 300 personnes. Loccasion pour José de faire part à l'assemblée de sa « théorie de la lisière », qui invite les acteurs à franchir des limites de leur système pour aller à la rencontre des autres, dans des échanges nourrissants et créatifs. L'occasion aussi dinviter à lissue ses amis et ses réseaux à un pot de lamitié pour fêter, ensemble, louverture dun nouvelle ère José vient en effet datteindre ses 2/3 de siècle comme il se plait à dire.. « il men reste encore 1/3 alors ne perdons pas de temps : dépassons la lisière pour que vive la citoyenneté! ». Propos recueillis par Sébastien Poulet-Goffard (1) : Colloque dAubervilliers de janvier 2011 : « FAIRE SOCIETE AUTREMENT » point intermédiaire du séminaire de recherche-action « TRAVAIL SOCIAL, DEVELOPPEMENT COMMUNAUTAIRE, EDUCATION POPULAIRE et CITOYENNE » https://www.irdsu.net/-developpement-social-local-travail- - Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir (2) : Situation liées au phénomène dUrbanisation, Article de José Dhers dans COMM 6/7 - 1980 - Revue de l IEIAS : Institut Interuniversitaire de lAction Sociale 179 rue du débarcadère -6001 Marcinelle- Belgique. (3) : Dimension Communautaire du Travail Social en PACA- Recherche-Action de José Dhers, et Michel Taleghani 1987- Conseil Régional PACA- (Séminaire DHEPS : Collège Coopératif, Fac. Sciences Economiques Aix-Marseille ) en dépôt au CEDIAS- Musée Social - Paris (4) : Quartier nord de Marseille, des Travailleurs Sociaux gérants de cités HLM COMM 34 1988- - Revue de l IEIAS : Institut Interuniversitaire de lAction Sociale 179 rue du débarcadère -6001 Marcinelle- Belgique. (5) : Rapport dAnalyse et Prospective en développement Social : « De la Politique de la Ville à la Politique de Droit Commun, Projet Educatif Local, Vie Associative, Evaluation » - José Dhers - Ville du Havre - Avril 2004 - https://www.prisme-asso.org/spip.php?article116 - Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir |
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