| Jean-Marie Gourvil, une vie dans le social |
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Quiconque sintéresse au développement social local connait Jean-Marie Gourvil: Travailleur social, formateur, auteur, consultant et conférencier... À 64 ans, ce dernier vient de quitter son poste de directeur des formations à l'IRTS de Basse-Normandie, au terme dun parcours professionnel transatlantique riche en rencontres et en expériences de toutes sortes. Je suis un retraité heureux, confie-t-il à Apriles au moment où commence pour lui, une nouvelle vie. Au vu de son histoire, et des différentes étapes de son chemin, on comprend en effet, que lhomme puisse être satisfait.
Troisième dune fratrie de 5 enfants, Jean-Marie naît à Caen en juillet 1946. La ville est alors largement traumatisée par la guerre. Son quartier, une cité ouvrière épargnée par les bombardements, abrite une population très populaire. Pendant loccupation, les habitants ont beaucoup soufferts. Ils ont dû se serrer les coudes pour survivre. Ses parents, dorigine bretonne, participent à leur manière à une solidarité de voisinage qui perdure à la libération : Mon père, bachelier, était considéré comme lintellectuel du quartier. Il lisait les lettres et écrivait les courriers. Ma mère, faisait les piqûres, se rappelle celui qui voit dans cette vie de quartier et lengagement naturel de ses parents les ferments de son propre parcours dans la solidarité. Adolescent, Jean-Marie aussi, sengage. A la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) le crédo voir, juger, agir me plaît beaucoup. On était dans laction. Cétait des groupes de discussion, de parole avec lidée de monter des projets. Comme ses parents militants SFIO imprégnés de christianisme social il jongle entre un catholicisme marqué par le conservatisme, des convictions spirituelles et des idées politiques largement progressistes. Jai eu le malheur de remettre en question la messe hebdomadaire dans mon lycée privé, ça ma valu un renvoi de létablissement en fin de 1ère se rappelle lancien élève, qui nétait pourtant pas le plus turbulent. La lecture de la revue Esprit, la découverte dEmmanuel Mounier et du personnalisme communautaire -courant didée chrétien recherchant une troisième voie humaniste entre le libéralisme et le marxisme- constitue un aiguillon dans sa vie. Il témoigne: Ce mouvement a tenté de dépasser le règne de lindividu pour centrer laction autour de la personne dans une perspective collective, communautaire. Il a donné un cadre éthique et philosophique a tout ce que jai entrepris par la suite, témoigne-il. Jeune adulte, Jean-Marie hésite, tâtonne dans les études supérieures. Un peu de philo, un peu de psycho... Finalement, il devient objecteur de conscience. Il travaille à lassociation de soutien aux travailleurs immigrés (ASTI) de Rennes où il aide les étrangers dans leurs démarches administratives, organise des cours dalphabétisation et milite pour la défense des droits des immigrés. Surtout, il fait des rencontres décisives. Cest dans la bouche de Jean Verpraet directeur de l'Office Social et Culturel de Rennes et d'Albert Perras président de l'ASTI que jentends parler de développement local pour la première fois, dit-il. Avec son objection, Jean-Marie avait mis un pied dans le travail social... Il met le second en 1972, lorsquil entre en formation d'assistant social à l'ITSRS de Montrouge. Jai hésité avec le métier danimateur, mais je ne me voyais pas devenir organisateur de loisirs. A Montrouge, les intervenants sont français, mais aussi américains, et québécois. Cest là que le mot de travail communautaire apparaît pour la première fois en France et c'est là aussi qu'apparaîtra dans les années 1980 le concept de développement social local! Pour compléter sa formation, il entame en parallèle une licence de sociologie à Vincennes où il suit les cours avec Daniel Defert - le compagnon de Michel Foucault - Philippe Meyer, Michel Chauvière et Jacques Donzelot (qui occupe aujourd'hui une place centrale dans la rédaction de la revue Esprit) Cest à cette époque quattiré par les philosophes de lest, notamment par Nicolas Berdiaev qui fut l'un des inspirateurs de Mounier, il intègre l'Eglise orthodoxe de tradition russe. Diplôme en poche, il rentre en 1975 à la mairie de Paris, où il devient assistant social de polyvalence dans le XIIIème arrondissement. Avec les collègues, nous avons commencé à travailler sur quelques actions collectives, mais cétait compliqué, il y avait une dimension bureaucratique qui freinait la mise en oeuvre des projets. En 1977, il profite alors dun appel à projet canadien, pour partir au Québec avec femme et enfant, au grand dame de son père. Jétais fonctionnaire; je démissionne, il ne comprend pas... Là-bas, grâce à une bourse du gouvernement fédéral canadien, il fait un master en travail social communautaire. Il travaille sur les méthodes denquête participative dans la programmation locale des services, et sur la décentralisation dans le domaine des affaires sociales au Québec. Il est ensuite chargé d'enseignement et de recherche à l'Université de Montréal. En parallèle, il poursuit des études doctorales en science politique à l'Université Laval (Québec), et travaille à un projet de thèse sur les innovations en travail social. Il s'investit également dans les groupes d'entraide et participe à la Revue Internationale d'Action Communautaire. En 1982, il rentre en France et devient directeur pédagogique à Montrouge puis à l'IRTS de Basse Normandie à Caen. Je métais toujours dit que je reviendrai en tant que formateur. Dans le Calvados depuis 1983, Jean-Marie nest pas pour autant consigné à linstitut. Il intervient à l'Université de Caen comme chargé de cours sur les politiques sociales et le développement social local. Il développe une activité de consultant auprès de la MSA sur la méthodologie de diagnostic partagé dans la construction des plans d'action sociale, de Conseils généraux, de CRAM, de plusieurs associations, d'établissements, de la FNARS. Toujours sur le développement local et la compréhension des enjeux du secteur social il collabore également avec l'ODAS, l'INDS, le RIDS et APRILES, "Le secteur social est profondément attaché aux acquis et n'envisage l'avenir que comme une catastrophe. J'ai passé mon temps à essayer de faire évoluer les mentalités, à ouvrir les esprits à l'après Etat providence" explique-t-il. Celui quon appelle dorénavant JMG collabore également à plusieurs revues en écrivant des articles sur l'histoire des politiques sociales et sur l'intervention sociale. Jai été dautant plus sollicité que durant les années 80 les travailleurs sociaux écrivaient peu confie-t-il. Un lien avec la plume qui lamène à prendre la direction avec Michel Kaizer de l'ouvrage "Se former au Développement social local", paru chez Dunod en 2008. Celui qui est également fondateur avec Claude Larivière (Université de Montréal) de l'Association international pour la formation et la recherche en intervention sociale (AIFRIS) a donc quitté depuis quelques semaines ses fonctions salariées. Il compte bien en profiter pour voyager dans ses terres de prédilection, Grèce, Roumanie, Liban, Syrie, sans oublier évidemment le Québec. Mais, et cest plutôt une bonne nouvelle, le champ social nen a pas fini avec lui. Dans la continuité de son parcours, il côtoie les communautés d'émigrés qui viennent des pays de l'Est. Surtout, JMG poursuit son activité de formateur et de consultant: Nous vivons une crise qui, je pense, va nous faire basculer dans une autre civilisation, dit-il pour expliquer la poursuite de ses engagements. L'époque moderne et la croyance quasi religieuse en un Etat sauveur sont derrière nous. Il faut maintenant reconstruire la Nation et les solidarités de proximité. C'est le temps de la responsabilité de tous et c'est aussi celui de la Fraternité. Il faut revenir aux intuitions du socialisme utopique et de l'anarcho-syndicalisme. Il nous faut sans doute relire Fourrier, Proudhon, Berdiaev, Mounier et prendre conscience que le souci de soi passe aussi par le souci de la cité (Michel Foucault)". Une nouvelle ère et une page vierge que JMG, fidèle à lui-même, compte bien contribuer à écrire. Il travaille actuellement à la rédaction dun ouvrage sur les innovations sociales. À paraître au printemps prochain. Propos recueillis par Sébastien Poulet-Goffard |
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Le réseau 


Quiconque sintéresse au développement social local connait Jean-Marie Gourvil: Travailleur social, formateur, auteur, consultant et conférencier... À 64 ans, ce dernier vient de quitter son poste de directeur des formations à l'IRTS de Basse-Normandie, au terme dun parcours professionnel transatlantique riche en rencontres et en expériences de toutes sortes. Je suis un retraité heureux, confie-t-il à Apriles au moment où commence pour lui, une nouvelle vie. Au vu de son histoire, et des différentes étapes de son chemin, on comprend en effet, que lhomme puisse être satisfait.